PETITS SINGES
Dans un zoo carcéral de Paris
Blottis ensemble sur un faux rocher
Quatre singes à longue queue sont assis
Avec leur gueule de cheval ratée
L’un l’autre, solidaires, ils s’épouillent
Les doigts dans la pelisse mordorée
Graves et concentrés, ils fouillent
Une patte amicale sur la queue du fouillé
Leurs yeux d’agate au regard humain
Ne daignent pas se tourner
Vers la troupe amassée des cousins
Qui les regardent, gênés
Des cousins dangereux à qui Dieu
Aurait donné une âme immortelle
Et qui, en bas, se moquent d’eux
Alors qu’ils ont servi de modèles
Les singes ne sont pas fiers de leur lignage
Des cousins geôliers gonflés de vanité
Qui affirment que le Divin est à leur image
Et enferment leur famille pour la rejeter
Alors les petits singes ne tournent pas le regard
Vers ces lointains cousins renégats
Amenés du bon coté par Dieu ou le Hasard
Et continuent, méprisants, leurs paisibles ébats
Paul Obraska