Picasso : "Les pigeons"
LES PIGEONS DE PARIS
A Paris, le peuple des pigeons,
Petite tête et œil de reptile,
Gros corps et ventre rond,
S’apprête à quitter la ville.
Las des petites vieilles à cabas,
Lanceuses de miettes de pain,
Ricanant devant les combats
A coups de bec assassins.
Las de la poursuite des enfants
Dans les parcs et les squares,
Des coups de pied méchants
Lancés par les petits barbares.
Las de voler autour des blocs de béton,
De s’engluer dans le bitume des rues,
De voir leurs coulées de déjections
Servant de perruques aux statues.
Las des trottoirs encombrés
De tous les mobiles à roulettes,
Des pas des Parisiens pressés
Avançant sur eux à l’aveuglette.
Las des lourds envols effrayés
A chaque pétarade incongrue,
De l’odeur des gaz empoisonnés
Au ras de leurs becs crochus.
Las des ruées de voitures
Aux pare-brise meurtriers,
De leurs roues de torture
Prêtes à les écarteler.
Le peuple des pigeons de Paris
Pourchassé et devenu amer,
Lassé d’être toujours incompris,
Quitta un jour la ville pour la mer
Paul Obraska