JOURNEE MONDIALE DU REFUS DE LA MISERE
INTERIEUR
Matelas, couvertures, bouteilles, cartons
Ne marchez pas dessus ! Un homme est enseveli
Il est vivant, son souffle soulève les chiffons
A l’intérieur des débris, un homme est endormi
Les passants le frôlent en l’évitant
Les voitures éructent leur gaz carbonique
Les banques exhibent leurs boites d’argent
Près de l’homme démuni coule le fric
Sur sa terrasse conquise, le vagabond
Vit ses rêves pour ne pas rêver sa vie
Enfermé dans son alcôve de chiffons
Il rêve de souvenirs ou d’impossibles envies
Ses songes sont à lui, c’est son seul fond
Il ne demande rien. Qu’il reste endormi
INDIFFERENCE
Comme un bateau échoué sur un banc de sable,
Le vagabond restait assis, le dos courbé,
Solitaire, Immobile, immuable,
Il voyait les passants sans les regarder.
A chaque fois que le promeneur passait près du banc,
Il y trouvait toujours le vagabond, assis, le dos courbé,
Une main possessive sur son sac de vêtements,
Plié pensif sur son banc, sans rien demander.
A chaque fois que le vagabond s’asseyait sur ce banc,
Il voyait toujours passer ce même promeneur,
Jetant autour de lui un coup d’œil indifférent,
Du même pas régulier, toujours songeur.
Pendant des jours et des jours, chaque après-midi,
Les deux hommes se sont croisés, sans jamais se parler.
Pour le promeneur, le vagabond restait toujours assis,
Pour le vagabond, le promeneur ne faisait que marcher.
Paul Obraska