Bien que regardant rarement cette émission de TV, je m'inquiète pour les « Guignols de l'info ». Leurs auteurs avaient Chirac
(qui réapparait de temps en temps, accompagné ou non de son épouse échevelée) dont les travers, le langage et les tics lui donnaient la stature d'un héros amusant, ses entourloupes finissant même
par devenir sympathiques alors qu'elles auraient du nous révolter. Avec Sarkozy, l'ensemble des médias tient une bête de scène, agité, bourré de tics, de contradictions qu’il réfute avec un
toupet et une mauvaise foi qui forcent le respect. Mais si ce showman fait ses adieux à la scène (peut-être provisoires, comme c'est habituellement le cas pour les stars du spectacle, mais à ce
jour rien n’est certain), il sera remplacé au pied levé par Hollande. C'est pour cette raison que je m'inquiète pour les « Guignols ». Jusqu'à présent, les auteurs le faisaient
quasiment passer pour un débile terminant ses phrases par une espèce de gémissement, le visage emprunt d'une béatitude de demeuré. La normalité n'a rien de spectaculaire, dans le cirque
médiatique seuls les clowns, les acrobates, et les monstres attirent du monde. Ils devront investir leurs espoirs dans les seconds couteaux dont certains sont pittoresques et DSK, qu'ils
utilisent régulièrement en vedette américaine, n'est pas près de quitter sa robe de chambre en peau de léopard dont il est affublé à chaque apparition, alors qu'il aimerait qu'elle lui soit enfin
retirée.
Bernard Buffet : « Deux clowns, bras levés »