Dans le vaste désert australien des dromadaires sauvages errent. Ce sont les descendants des troupeaux introduits au XIXe siècle pour participer
à la conquête de l’intérieur du pays. Ils seraient plus d’un million. Il arrive que le dromadaire, lorsqu’il a épuisé l’énergie fournie par sa bosse graisseuse, pénètre dans les villages
pour venir étancher sa soif dans les cuvettes des WC. S’il est assez désagréable de voir ses toilettes occupées par un dromadaire, ce n’est pas le seul désagrément car, comme tout un chacun, le
dromadaire pète et plus d’un million de dromadaires vagabondent et émettent ainsi du méthane en plein désert (ils n’ont pas toujours des WC à leur portée). Certains (je parle des hommes) ont même
pu se livrer à un calcul : chaque dromadaire enrichirait la serre de 45 kg de méthane par an, soit l’équivalent de 1 tonne de dioxyde de carbone.
Il est donc prévu d’abattre de façon humaine et « maîtrisée » les camélidés par des tireurs d’élite à partir d’hélicoptères ou de 4x4. La société de Tim Moore envisage d’engranger des « crédits carbone » (obtenus non pas par le recueil des vents, mais par leur suppression, démarche à l’opposé de celle des éoliennes) qui pourraient être revendus aux entreprises émettant plus de gaz à effet de serre que le quota qui leur est alloué annuellement, leur donnant ainsi un droit à polluer. Le tout pour ces entreprises étant de savoir s’il est plus rentable de continuer à polluer en payant l’amende ou en achetant des « crédits » que de faire le nécessaire – quand c’est possible - pour respecter le quota.
Les « crédits carbone », issus de la vente de sa vertu ou de l’élimination de ces chameaux de pollueurs, sont à la base d’un marché ne laissant pas les financiers indifférents, l’envie de spéculer dans le cadre de la « bourse du carbone » étant une sale manie dont ils ont du mal à se débarrasser. La bosse du commerce ne se dégonfle pas comme celle du dromadaire.