Dans sa dernière chronique parue dans Le Point, l’Algérien Kamel Daoud juge l’action de Zemmour, non pas du point vue du contenu de son discours, mais de l’utilité de sa radicalité. J’ai trouvé cette perspective intéressante : le chroniqueur tente de déterminer les conséquences de cette radicalité exprimée par un « collapsologue » de la société française, puisque ce néologisme est à la mode.
« D’abord, chez nous au sud, il aide à réarmer l’islamisme et à nourrir la haine anti-Français qui sert à trouver un coupable extérieur à des échecs intérieurs…Ce prêcheur ravive les mythes de la décolonisation perpétuelle que les radicaux et les chauvins chez moi exploitent depuis des années. Zemmour est donc utile pour l’art de refaire la guerre quand on ne sait pas quoi faire ».
Là, Daoud parle de l’Algérie, mais en France nous connaissons ce petit jeu de la colonisation perpétuelle où des descendants des colonisés, nés en France, et qui n’ont jamais connu la colonisation, veulent à tout prix revêtir le costume de l’indigène d’antan, et adopter la posture de la victime, hostile bien que souvent nourrie aux subventions de l’Etat ou des municipalités.
Par sa radicalité, Zemmour donne raison aux islamistes : « Voici qu’on vous dit (immigrés musulmans ou musulmans tout court) qu’on vous déteste, que vous ne serez jamais français et qu’on va vous tuer. Autant se faire musulman et, mieux encore, islamiste et tuer la France, en France ou ailleurs. »
Le paradoxe « Zemmourien » est qu’en cherchant à nous armer contre l’islamisme dont la France est victime, il donne également des armes à ses adversaires pour recruter et alimente la radicalité des deux côtés
Mais Daoud n’épargne pas pour autant les musulmans de France : « Ceux qui donnent la primauté à leur islamité sur leur francité ont aidé à fabriquer du Zemmour. Ceux qui ont choisi de vivre dans ce pays sans jamais l’accepter intimement ont nourri ce prêcheur néfaste. Et ceux qui ne disent rien quand leurs croyances servent de prétextes aux tueries et à la haine finissent par créer du Zemmour et lui donner la parole à cause de leurs silences agaçants (sic, le terme d’agaçant me paraît faible). Ceux qui refusent la France et refusent de la construire la donnent à ceux qui disent en être les seuls héritiers… Ce prêcheur est utile parce qu’il oblige à écouter ceux qui ont peur et ceux qui ne voient pas de solution, sauf dans la nostalgie et la pureté…Quand on se fait le défenseur de l’islam comme identité, on verra venir des défenseurs de l’identité comme pureté. Quand on veut les récoltes de la France sans admettre ses racines, on verra venir ceux qui proposent les racines à la place des récoltes ».
Daoud n’oublie pas la gauche : « Ce zemmourisme permettra, dans son scandale, de corriger les fantasmes des « gauches » naïves, et de bien nommer les choses pour mieux les guérir. Il aide aussi à responsabiliser ceux qui s’en prétendent victimes innocentes ».
Je sais que parmi mes visiteurs il en est qui ont de la sympathie pour Eric Zemmour. Comme je l’ai dit ailleurs, je pense qu’il a le courage de dire des choses vrais qui peuvent heurter, mais je pense aussi que sa misogynie me déplait, que ses excès sont néfastes et ses erreurs historiques impardonnables, notamment à propos du régime de Vichy pour lequel il a une attitude de complaisance totalement incompréhensible de la part d’un Juif, à moins de considérer qu’en tant que Français d’origine juive maghrébine, le sort subi par les Juifs ashkénazes ne le concerne pas, mais il est vrai qu’il se définit comme un Français d’origine berbère.