Une loi désarmante.
Une loi a été adoptée au Parlement de l’Etat de Floride en juin dernier interdisant aux médecins de poser certaines questions à leurs patients. En l’occurrence il s’agit de l’interdiction aux médecins de Floride de demander systématiquement à leurs patients s’ils possèdent une arme, sous peine d’être poursuivis pour “harcèlement inutile”. Il est également interdit au médecin de noter dans le dossier médical du patient toute information concernant la détention d’armes à feu.
Pour les partisans du droit au port d’armes, les questions systématiques sur les armes à feu représentent une violation de leur vie privée et les rendent susceptibles de discrimination de la part des compagnies d’assurances et des pouvoirs publics, et constituent même un “outrage aux bonnes mœurs”, comme l’a écrit l’ancienne présidente de la National Rifle Association.
Médecins armuriers.
Mais pourquoi les médecins et surtout les pédiatres ont-ils été amenés à poser ces questions indiscrètes ? Parce que d’après l’Académie américaine de pédiatrie un grand nombre de leurs patients ont été blessés par balles. D'après cette organisation, les armes à feu sont responsables d'un décès accidentel sur trois chez les adolescents, et d'un sur cinq chez les enfants. Ils estiment donc que de demander lors d’une consultation s’il existe des armes à feu au domicile, afin de s’assurer que les précautions de sécurité sont prises, fait partie de la prévention.
Lorsque la santé est en jeu, un médecin est parfois amené à poser des questions sur la vie privée et même intime à ses patients ce qui rend le motif de cette loi sans grande valeur, mais ce serait aux vendeurs d’armes et aux autorités n’assumer le rôle que les médecins se sentent obligés de remplir.
Législation boomerang.
Il n’est pas toujours à l’avantage des patients d’intervenir dans la pratique médicale, d’imposer un mode de relation avec le malade et un discours obligé lorsque cette pratique ne vise que le bien de l’autre, respecte la déontologie et bien sûr la loi commune.
L’intervention du législatif dans la pratique médicale est cependant courante, et pas toujours à bon escient, surtout lorsqu’elle est l’effet des groupes de pression.
En France, au début de l’épidémie de SIDA, il était interdit de détecter la présence du VIH chez un patient sans son accord, dans la crainte d’une discrimination des séropositifs qui étaient à l’époque, pour la majorité, des hommes homosexuels. Ce politiquement correct inapproprié a contribué à répandre la maladie, la prévention de la maladie paraissant secondaire y compris le risque de contamination du personnel de santé.
Et même la loi sur les droits du malade qui impose au praticien de dire toute la vérité à son patient a permis au médecin de se désengager, s’il le souhaite, et au malade de s’angoisser, même quand il ne le souhaite pas.