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87. "On achève bien les chevaux"

Il y a quelques  années un ouvrage intitulé « Suicide, mode d'emploi » avait été édité. Si j'ai bonne mémoire, ce livre avait été rapidement interdit. Nombre de suicides sont en effet des « suicides-chantages » et avec un bon mode d'emploi, de tels suicides risquaient d'être irréversibles à l'insu du plein gré de l'intéressé(e).

Actuellement, « l’assistance médicale pour mourir » (aide active, car l’euthanasie passive a toujours existé) est à nouveau sur la sellette, toujours parce que cette pratique a droit de cité dans des pays voisins et que sa légalisation est réclamée par les partisans de « mourir dans la dignité ».

Sans prendre parti, car comment le faire, la vie est un bien éminemment personnel et chacun devrait pouvoir choisir sa fin (en sachant cependant que le choix n’est pas toujours le bon s’il ne correspond qu’à un état critique), je voudrais faire quelques remarques :

 

Le « médicale » passe très mal pour un médecin puisqu'il s'agit d'exécuter son patient lorsque celui-ci  n'a pas le courage ou la possibilité de se suicider. La vocation du médecin n’est pas de donner la mort ou de favoriser le suicide.

 

Le « mourir dans la dignité » m'a toujours laissé perplexe. D'abord, parce qu'on ne laisse personne mourir de façon indigne quand on est digne d'appartenir au personnel de santé. Ensuite, mourir dans toute sa dignité serait mourir debout, sans altération de ses facultés mentales et physiques, c'est à dire peut-être un peu trop tôt et avec la possibilité de se suicider sans l'aide de personne. Enfin, pour avoir vu mourir des patients qui avait souscrit à cette association, à ce moment ultime leur ressenti était ailleurs et la dignité n'était pas leur préoccupation principale. Dans le cas de directives anticipées, leur exécution laisserait au médecin la pénible sensation d’être un bourreau.

 

Les cas particuliers sont multiples, mais on peut les schématiser en trois cas.

Dans le premier cas, la personne ne veut pas subir le déroulement d'une maladie et veut mettre fin à ses jours. C'est, en fait, très proche du candidat au suicide qui ne veut pas voir le déroulement de sa vie. Doit-on l'aider ? Doit-on être le serviteur qui poignarde son maître à sa demande et parce qu'il n'en a pas le courage ? Et si entre-temps on trouve un traitement de la maladie en question ?

Dans le second cas, il s'agit d'une fin de vie avec agonie douloureuse. La loi Leonetti permet de supprimer la douleur et d'abréger l'agonie. J'avoue que l’installation d' « unité de soins palliatifs » m'a toujours choqué. Il ne me semble pas adéquat de concentrer les mourants dans un mouroir et les soins palliatifs (qui se bornent, en fait, à provoquer et à accompagner un état plus ou moins comateux) devraient pouvoir être faits en tout lieu. Doit-on aller plus loin en interrompant la vie  du malade plus tôt sur sa demande ? On se retrouve alors dans le premier cas.

Dans le troisième cas, la vie n'est aucunement menacée, même à moyen terme, mais un handicap majeur rend la vie difficile à vivre pour l'handicapé et ...son entourage. En fait, le problème est là. L’interruption de la vie nécessite une tierce personne et exigerait la pleine conscience de la victime et l’expression de sa volonté. La loi serait utile pour dépénaliser l'exécuteur, mais les dérives sont possibles, notamment lorsqu’on se posera le problème du financement de la dépendance.

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O
Il est bien difficile d'être serein lorsqu'on est très malade. Dr WO
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L
L'euthanasie est quelque chose de trop bien complexe pour la banaliser. Toute vie quelle qu'elle soit est précieuse. Je repense au post sur la sérénité, qui si elle pouvait être éprouvée par les grands malades, les handicapés, les dépressifs bref, tous les éclopés de la vie, les aiderait à vivre leur vie jusqu'au bout. Je rajouterais que si tout le monde pouvait l'éprouver, il n'y aurait plus de violence et de haine sur notre chère planète.
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O
En effet, il est bien difficile de faire une règle générale pour un drame qui n'est fait que de cas particuliers. Dr WO
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N
les commentaires sur l'article de Pangloss, m'ont attirés vers le votre ! J'aime que vous ne radicalisiez pas, un sujet actuellement impossible à conclure avec un oui ou un non, même s'il est prononcé avec la meilleur bonne foi du monde !Dernièrement une personne sur le point d'être ensevelie à réussie tant bien que mal à attirer l'attention sur le cercueil où elle était sur le point d'étouffer... Comment trancher, surtout si l'on mets en pratique, un de vos argument selon lequel, un traitement peut surgir in-extrémis ? Cela rejoint en plus familier l'adage
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O
J'avoue que j"ignorais les circonstances précises de leur fin de vie, mais je doute qi'ils aient pu s'exprimer à ce moment. Quant au débranchement, c'est plutôt courant quand il n'y a aucun espoir de récupération. Dr WO
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C
Il y a au moins deux personnages connus qui ont demandé que l'on débranche les appareils et qu'on les laisse mourir : Mitterrand et Jean-Paul 2. Les médecins qui ont débranché les appareils ont-ils fait oeuvre de mort ?
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O
La cessation de la thérapeutique (et non des soins, justement pour que la dignité du patient soit conservée) est permise et même encouragée par la loi Leonetti. Tout patient est libre de se faire soigner ou pas (mis à part certains malades mentaux et les mineurs), on peut toujours sortir d'un hôpital contre avis médical ou ne pas y entrer. Pour un AVC, si le patient est capable d'exprimer sa volonté, il peut rester chez lui, décision qui entraînera une charge importante pour son entourage; la question est plus complexe si c'est l'entourage qui prend la décision, il est évident qu'en l'absence de soins, la famille prend une décision qui peut avoir des conséquences médico-légales. Aucun problème si des soins corrects sont assurés à domicile. Dr WO
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O
Cher Docteur, permettez-moi de vous dire que, vue du côté du médecin votre analyse est parfaite. Vue du côté soignant (j'en fréquente), elle laisse de côté le problème des "vieux légumes" mais il est clair qu'il ne peut pas y avoir de solution autre qu'au cas par cas. Le législateur met son nez là où il n'a pas à le mettre, que chacun prenne ses responsabilités (hou, le vilain mot) et tout ira bien.Enfin, vu du côté du citoyenlambda j'avoue que s'il ne peut pas se suicider tout seul à temps, il doit se contenter de refuser certains soins et de ne pas souffrir grâce aux antalgiques qui hâteront sa fin. Sur le dernier point, pourriez-vous nous éclairer. Ma question est simple : dans quelle mesure peut-on refuser des soins, selon que l'on se trouve, chez soi, hors de chez soi ou à l'hôpital ? Par exemple le médecin appelé en urgence par une épouse éplorée et constatant que son patient âgé de 85 ans, indubitablement victime d'un avc exige de mourir chez lui et refuse l'hospitalisation, peut-il le faire hospitaliser contre son gré ?
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O
Il permet peut-être de voir que le problème n'est pas simple. Dr WO
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S
Votre article reflète parfaitement ma pensée. Merci pour cet article.
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O
Je suis bien d'accord : c'est une dérive déconnante, mais ce genre de dérive observée ailleurs  constitue un argument contre toute forme d'euthanasie, même lorsqu'elle parait justifiée dans des cas précis et que la législation peut difficilement déterminer à l'avance. Dr WO
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P
C'est une dérive. C'est surtout une connerie. Pourquoi ne pas demander au ministère de la Défense qu'un officier ayant suivi une formation adéquate (et pourquoi pas "diplômante"!) vous donne le "coup de grâce"? Que vient faire la médecine là-dedans?
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O
Bien sûr chacun est libre de se suicider, mais là il s'agit d'utiliser la loi permettant l'euthanasie pour demander officiellement une "assistance médicale" pour le faire. N'est-ce pas une dérive ? Dr WO
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P
Et alors? Certains se sont suicidés pour ne pas vivre la vieillesse. Chacun fait comme il veut. En revanche, qu'un groupe de pression se saisisse du problème est saugrenu.
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O
La multiplication des cas fait qu'il est difficile pour une législation de les englober tous et d'éviter les dérives. Et quelle définition pour incurable ? Pour citer un exemple : un groupe de presssion aux Pays-bas réclame pour les plus de 70 ans la possibilité de recourir à l'euthanasie pour ne pas vivre la vieillesse...Qui est manifestement incurable. Dr WO
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P
Votre article donne les bonnes réponses: il n'y a que des cas particuliers. Les principes n'ont rien a faire là puisqu'ils sont généraux.
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O
Ce récit illustre le drame et les interrogations qui peuvent être vécus dans chaque famille. Il n'y a pas de solution préétablie et chaque cas est différent. Des législations existent dans d'autres pays, il faut les examiner et éventuellement s'en inspirer. Dr WO
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Z
Quel bel article Doc. En te lisant j'ai pensé à ma petite sœur qui souffre d'une sclérose en plaque depuis 26 ans. Actuellement elle est déclarée en 3ème catégorie CPAM, elle n'a plus l'usage de ses jambes et se trouve paralysée de certaines fonctions puisqu'elle se sonde depuis des années, et vit des accidents intestinaux très fréquents, malgré la pompe de liorésal qu'on lui a implanté et les médicaments qu'elle ingurgite au quotidien. Par contre, elle a gardé toute sa tête, et malgré les douleurs qui sont certainement difficilement supportables, je l'ai toujours entendu dire, que si elle ne voyait plus l'intérêt de se battre contre cette maladie, que si on devait lui implanter un anus artificiel, elle n'hésiterait pas à se supprimer, ou à me demander de l'aider. C'est une chose dont elle ne parle pas avec ses enfants et elle vit seule depuis des années, J'y pense souvent, vois tu, et je ne sais pas si j'aurai le cran d'accéder à sa demande. C'est tout de même un sacré cas de conscience, la laisser souffrir, et la voir se paralyser tout doucement jusqu'à ne plus pouvoir s'alimenter seule, ou accéder à sa demande, sachant très bien que je risque gros sur le plan pénal. Jusqu'où l'amour peut nous conduire... Je ne sais pas, et c'est une questions qui revient souvent dans ma tête d'aînée maintenant puisque notre frère nous a quitté il y aura 26 ans en mai prochain. Pas facile Doc. Bonne soirée ZAZA
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O
La TV comme soin palliatif. On peut voir les choses comme ça. Dr WO
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L
Mourir en bonne santé, se suicider en bonne santé, rester en bonne santé et s'éteindre dans la chaleur d'une relation, même ténue. Il y a quelques années, suite à la demande d'une ergothérapeute visionnaire, je suis allée conter dans un mouroir. La moitié des humains étaient déjà dans un autre temps, parfois bien rude avec eux. A une jeune femme qui s'étonnait qu'on racontât à des cerveaux plus que séniles, j'avais répondu que l'important était la voix, la présence, le son et que je n'étais pas là pour qu'ils comprennent ni m'écoutent. Aujourd'hui je lui répondrais que cela ne gêne personne de passer les 3/4 de sa vie comme un légume devant la télé !
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