Il y a quelques années un ouvrage intitulé « Suicide, mode d'emploi » avait été édité. Si j'ai bonne mémoire, ce livre avait été rapidement interdit. Nombre de suicides sont en effet des « suicides-chantages » et avec un bon mode d'emploi, de tels suicides risquaient d'être irréversibles à l'insu du plein gré de l'intéressé(e).
Actuellement, « l’assistance médicale pour mourir » (aide active, car l’euthanasie passive a toujours existé) est à nouveau sur la sellette, toujours parce que cette pratique a droit de cité dans des pays voisins et que sa légalisation est réclamée par les partisans de « mourir dans la dignité ».
Sans prendre parti, car comment le faire, la vie est un bien éminemment personnel et chacun devrait pouvoir choisir sa fin (en sachant cependant que le choix n’est pas toujours le bon s’il ne correspond qu’à un état critique), je voudrais faire quelques remarques :
Le « médicale » passe très mal pour un médecin puisqu'il s'agit d'exécuter son patient lorsque celui-ci n'a pas le courage ou la possibilité de se suicider. La vocation du médecin n’est pas de donner la mort ou de favoriser le suicide.
Le « mourir dans la dignité » m'a toujours laissé perplexe. D'abord, parce qu'on ne laisse personne mourir de façon indigne quand on est digne d'appartenir au personnel de santé. Ensuite, mourir dans toute sa dignité serait mourir debout, sans altération de ses facultés mentales et physiques, c'est à dire peut-être un peu trop tôt et avec la possibilité de se suicider sans l'aide de personne. Enfin, pour avoir vu mourir des patients qui avait souscrit à cette association, à ce moment ultime leur ressenti était ailleurs et la dignité n'était pas leur préoccupation principale. Dans le cas de directives anticipées, leur exécution laisserait au médecin la pénible sensation d’être un bourreau.
Les cas particuliers sont multiples, mais on peut les schématiser en trois cas.
Dans le premier cas, la personne ne veut pas subir le déroulement d'une maladie et veut mettre fin à ses jours. C'est, en fait, très proche du candidat au suicide qui ne veut pas voir le déroulement de sa vie. Doit-on l'aider ? Doit-on être le serviteur qui poignarde son maître à sa demande et parce qu'il n'en a pas le courage ? Et si entre-temps on trouve un traitement de la maladie en question ?
Dans le second cas, il s'agit d'une fin de vie avec agonie douloureuse. La loi Leonetti permet de supprimer la douleur et d'abréger l'agonie. J'avoue que l’installation d' « unité de soins palliatifs » m'a toujours choqué. Il ne me semble pas adéquat de concentrer les mourants dans un mouroir et les soins palliatifs (qui se bornent, en fait, à provoquer et à accompagner un état plus ou moins comateux) devraient pouvoir être faits en tout lieu. Doit-on aller plus loin en interrompant la vie du malade plus tôt sur sa demande ? On se retrouve alors dans le premier cas.
Dans le troisième cas, la vie n'est aucunement menacée, même à moyen terme, mais un handicap majeur rend la vie difficile à vivre pour l'handicapé et ...son entourage. En fait, le problème est là. L’interruption de la vie nécessite une tierce personne et exigerait la pleine conscience de la victime et l’expression de sa volonté. La loi serait utile pour dépénaliser l'exécuteur, mais les dérives sont possibles, notamment lorsqu’on se posera le problème du financement de la dépendance.