Marc Chagall : "Naissance"
Je l’ai échappé belle, j’aurais pu être un tueur à gages. Seules les circonstances m’ont permis de ne pas le devenir. Et l’accusation vient de haut, du pape, un des représentants de Dieu sur Terre et le seul certifié pour les catholiques, dont l’expérience est plutôt sommaire en matière de procréation. Du moins, je le suppose car dans le domaine de la libido, l’Eglise nous a réservé quelques surprises. Cette déclaration pontificale faite en Belgique sur les médecins pratiquant des interruptions de grossesses n’a pas plu au Conseil de l’Ordre des médecins du pays qui a vivement protesté hier et 500 catholiques belges veulent se faire débaptisés.
Pour ma part, je préfère qu’une grossesse soit éventuellement interrompue quand le fœtus n’est pas encore viable, dans le cadre de la loi, et dans des conditions médicales qui ne mettent pas la vie de la femme en danger comme c’est le cas lors des avortements clandestins dont le nombre augmente évidemment lorsqu’une loi interdit ou limite fortement les possibilités d’interrompre une grossesse non désirée, dangereuse pour la femme ou pour l’enfant, ou liée à un inceste ou un viol.*
Aux USA depuis que la Cour Suprême a donné à chaque état la liberté de légiférer sur l’interruption de grossesse (20 d’entre eux ont depuis mis en place des restrictions partielles ou totales à l’IVG), la mortalité infantile a fortement augmenté (+ 7% selon les premières études) en partie en raison des malformations congénitales touchant les nouveaux-nés. Peut-on imaginer le ressenti d’une femme qui doit conduire sa grossesse jusqu’à terme en sachant qu’elle accouchera d’un enfant mort-né ou non viable à court terme ? Aux femmes de choisir, pas au pape. Quant à ce dernier, je suppose que les médecins sont fouillés à l'entrée avant de lui prodiguer leurs soins.
* « Selon l'Organisation mondiale de la santé, une grossesse sur quatre se termine par un avortement provoqué. Pour les 41 % de femmes dans le monde qui vivent dans des pays où la législation sur l’avortement est restrictive, les risques sont importants. Et pourtant, plus de 25 millions d’avortements non sécurisés sont pratiqués chaque année… Dans le monde, en 2023, une femme meurt toutes les neuf minutes des suites d’un avortement clandestin. Selon l’Organisation mondiale de la santé, entre 39 000 et 47 000 femmes décèdent chaque année des suites d’une IVG non médicalisée. »