Je trouve bizarre le scandale qui remue les entrailles de la faune politique déclenché par le projet de cession au fonds d’investissement américain CD&R de la filiale Opella de Sanofi qui commercialise le Doliprane ( et une centaine de marques dans le monde, mais seulement deux usines en France). Une vive réaction qui laisserait penser que ce médicament est vital pour les Français alors qu’il s’agit de la vente d’une marque qui a l’avantage d’être connue de tous mais qui n’est qu’un nom public désignant un produit, le paracétamol, vendu sous bien d’autres dénominations (comme le Dafalgan), et principalement fabriqué en Chine, en Inde, en Turquie ou aux États-Unis. Les Français semblent être attachés à un nom autant qu’au produit lui-même. La force du verbe. Mais en matière commerciale c’est peu : « les ventes européennes d'antalgiques représentent globalement 1% des revenus du groupe » (mais les marges dégagées par l'ensemble de la filiale Opella sont bien plus importantes). Les Mélenchoniens, qui ne sont pas à une bêtise près, proposent, ni plus ni moins, et uniquement pour conserver une dénomination, de nationaliser Sanofi. Cependant, si l'indépendance en matière de santé publique dépend de la fabrication du produit de base et non de la marque sous laquelle il est conditionné et vendu, le conditionnement génère des emplois. Nationaliser Sanofi coûterait « 136 milliards d'euros. Le paracétamol, c'est 4 euros au kg. Donc nationaliser Sanofi, c'est le prix de 34 milliards de kg de paracétamol ». (les phrase en italique sont de Sylvain Catherine, économiste de la santé). Notons par ailleurs que le dynamisme d’un laboratoire tient à ses capacités à innover et non dans le commerce des produits grand public comme on vend des sucreries. La cession de la filiale Opella de Sanofi devrait lui apporter 15,5 milliards qui serviront à l’innovation (en particulier dans le domaine du cancer) et probablement à la création d’usines en France pour la production - justement - de paracétamol en Isère et d’un antidiabétique près de Lyon. On est donc un peu étonné de ce déchaînement autour d’une dénomination qui prouve surtout l’ignorance des politiciens sur la question.
Source principale : Aurélie Haroche | 18 Octobre 2024 (Journal International de Médecine)