Dans la discussion autour de la loi sur la fin de vie, la sémantique apparait comme essentielle mais avec un parfum d’hypocrisie. Le projet de loi parle « d’aide à mourir » pour éviter d’utiliser le mot suicide (assisté) et celui d’euthanasie. Il faut bien constater que l’activité médicale consiste toujours à aider à mourir, sans donner directement la mort, quand elle est dans l'incapacité d’aider à guérir. Cette loi doit encadrer le suicide assisté et l’euthanasie, les circonvolutions sémantiques n’y changeront rien.
On compte aussi pinailler entre « pronostic vital engagé à court ou moyen terme » et « phase terminale », notons que si l'on ajoute "phase avancée", on inclut beaucoup de monde. Autrement dit une discussion qui porte sur la détermination par les médecins du temps qui reste à vivre pour un patient. Discussion assez curieuse car si l’on choisit « phase terminale » toute loi nouvelle est inutile car la loi actuelle est parfaitement adaptée à cette phase de mort imminente. Quant à discuter entre le « court terme » et « phase terminale », c’est un peu discuter du sexe des anges. Reste le « moyen terme », alors, là, nous sommes dans l’inconnu, en remarquant que passé un certain âge le pronostic vital est toujours engagé à « moyen terme » car on ne peut plus parler de « long terme ».
L’euthanasie par décision d’autrui concerne surtout le cas des patients dans un coma profond et prolongé où la vie est artificiellement maintenue et où se pose la question du moment où l’on doit arrêter les soins, c’est aux médecins de décider sauf directives anticipées du patient.
L’euthanasie par suicide assisté concerne des patients conscients et dont la volonté est intacte, avec schématiquement deux cas :
- Le cas d’un malade incurable qui veut éviter les souffrances et la décrépitude qui doit précéder une mort prochaine. Dans un tel cas la personne pourrait revendiquer sa liberté de choisir le moment de sa mort.
- Le cas d’une personne qui estime que sa vie est devenue intolérable par ses souffrances ou son handicap sans que sa vie soit réellement menacée. C’est dans ce dernier cas où l’on peut constater des dérives comme celle que l’on a vu en Belgique, le suicide assisté d’une femme de 20 ans pour raisons psychologiques. Mais je ne crois pas que le projet de loi actuel ait prévu ce cas. La façon dont les projets de loi sont rédigés, la lourdeur et la longueur du texte sont telles que l’on finit par ne rien y comprendre.
Hier soir à l’assemblée, Laure Lavalette, opposée à ce projet de loi sur la fin de vie, a soulevé quelques remous en intervenant : « En faisant croire que vous respectez l’ultime liberté, vous piétinez la politique de prévention du suicide ». Et en faisant un parallèle qui a provoqué la colère d’élus : « Quand les pompiers, le Samu, arrivent sur une scène de défenestration (...) que font-ils ? Est-ce qu’ils regardent la personne en disant : je respecte sa liberté, il voulait se suicider, on ne va pas le réanimer ? La réponse est non. ».
Il ne faut pas confondre la liberté de choisir le moment de sa mort pour un patient condamné à brève échéance et le suicide d’une personne, souvent jeune, aucunement menacée par une maladie incurable, et chez laquelle la prévention du suicide doit justement s’appliquer. Et combien de personnes ayant tenté de se suicider furent bien contentes d’avoir survécu. Là encore c’est une question de sémantique et utiliser les mots à mauvais escient provoque la confusion et de fausses polémiques. Reste que la remarque de Mme Lavalette aurait été moins déplacée si l’on avait envisagé le suicide réclamé par une personne sur son ressenti en l’absence de mort prévisible. On fait parfois mauvais usage de sa liberté.