J’ai été un médecin de perception. Avant tout : entendre la parole du patient, puis utiliser mes sens : vue, toucher, audition et même parfois odorat (en me dispensant du goût) pour établir un diagnostic qui nécessitait, mais pas toujours, une confirmation biologique ou une imagerie qui, au début de ma carrière, se réduisait surtout à la radiologie.
Si la vue reste primordiale pour des spécialités comme la dermatologie, en dehors de l’écoute de la parole du patient, les sens peuvent aisément être remplacés par des techniques. Pourquoi palper un foie puisque l’imagerie l’explore parfaitement ? Pourquoi ausculter un cœur, puisque l’échographie est infiniment plus performante que vos oreilles ? Le médecin a été dépossédé de l’examen clinique dont il ne reste que le recueil des antécédents et des symptômes par l’interrogatoire. Toutefois le médecin reste la solution économique, bien qu’imparfaite, de l’équation, en triant les patients qui devraient ou non bénéficier des imageries, mais peut-être que cela se discutera dans l’avenir. Les connaissances du médecin vont-elles être nécessaires pour faire la synthèse de toutes les données ? On peut en douter.
Comme des millions de mes congénères, j’ai interrogé CHAT GPT. Brièvement, pour ne pas acquérir un complexe d’infériorité. L’intelligence artificielle de ce niveau, certes alimentée et configurée par l’homme, va achever de désintégrer le médecin. L’examen physique d’un patient est déjà remplacé par les imageries. Les imageries, (en ajoutant des photographies) peuvent être interprétées par l’IA. Vous me direz qu’il reste les données fournies par l’interrogatoire, en fait l’IA peut fort bien interroger le patient si elle est programmée pour le faire.
Au final, la synthèse sera sans doute meilleure avec l’IA qui pourra demander des examens complémentaires ou délivrer une ordonnance parfaitement adaptée au patient en tenant compte de son âge, de son poids, de ses intolérances, et des interférences avec les autres médicaments.
Quel rôle restera-t-il au médecin ? Peut-être celui de manipulateur : placer une sonde ou manipuler des robots chirurgicaux, c'est à dire la partie manuelle de la profession. Celui du contrôle de la machine, car une machine déraille toujours à un moment donné ou à un autre. Et celui de la touche humaine : annonce du malheur, et compassion. La touche du curé.