C’est ce dernier argument que l’on met à juste titre en avant pour éventuellement imposer la vaccination obligatoire aux soignants. Notons cependant que s’il semble (je n’ai pas vu de résultats de grandes études à ce propos) que les vaccinés sont nettement moins contagieux que les non vaccinés contaminés, la contamination d’un vacciné à un non vacciné reste possible car le premier peut être porteur du virus dans le cas où la quantité d’anticorps Ig A est faible dans les fosses nasales, porte d’entrée favorite du virus. Un contre-argument pourrait donc se baser sur cette possibilité pour refuser le vaccin en arguant qu’un respect strict des gestes barrières suffirait à protéger le malade du soignant récalcitrant (en particulier en utilisant le masque FFP2).
Les professionnels de santé constituent une population hétérogène où les médecins sont finalement minoritaires. Une étude multicentrique française, bien entendu parue en anglais (Janssen C et al. Hesitancy towards COVID-19 Vaccination among Healthcare Workers: A Multi-Centric Survey in France. Vaccines. 2021 May 22;9(6):547.), a enquêté sur l’attitude de 4349 professionnels de santé (non vaccinés) de décembre 2020 à mars 2021 devant plusieurs scénarios possibles tenant compte de la qualité des vaccins proposés, critères portant sur l’efficacité, la durée d’immunisation, le taux et la sévérité des effets indésirables, considérés comme très rares s’ils étaient sévères. Dans chaque scénario, il était supposé que l’épidémie de COVID-19 devenait annuelle et saisonnière.
« Globalement, la volonté de se faire vacciner était de 53,2% et a augmenté avec le temps. Quatre groupes ont été identifiés : ceux souhaitant se faire vacciner quel que soit le scénario (18%), ceux ne voulant pas se faire vacciner du tout (22%), et deux groupes hésitant selon le type de scénario...l’acceptation de la vaccination augmentait avec l’âge, le degré de formation et était plus élevée parmi les hommes avec comorbidités. ». Notons que cette étude a été faite du 1er décembre 2020 au 26 mars 2021 et il est probable qu'aujourd'hui, avec l'expérience d'un grand nombre de vaccinés, l'adhésion des hésitants à la vaccination serait plus forte.
L’analyse a finalement montré, ce qui n’est pas étonnant, que parmi les soignants hésitant, la peur des évènements indésirables (et que les professionnels de santé sont à même d’apprécier) était la principale préoccupation et si la majorité acceptait la vaccination, moins d’un tiers des professionnels de santé se disaient enclin à accepter un programme de vaccination obligatoire.
Nous ignorons si les 22% de soignants totalement opposés à la vaccination iront voter aux prochaines élections puisqu’une récente enquête a montré que c’est parmi les « antivax » que l’on retrouvait le plus d’abstentionnistes, les professionnels de santé par leur hétérogénéité étant en définitive, quoi que l’on dise, à l'image de la population générale.