Ces désaccords initiaux étalés en public ont étonné car les gens se rassurent en pensant que la vérité médicale est unique, plus ou moins définitive, et la confiance qu’ils ont en la médecine en espérant que cette vérité est indiscutable les pousse à suivre les prescriptions du médecin.
Or en médecine, comme en toute science, la vérité n’apparaît qu’après discussion. Autour d’un phénomène nouveau surgissent de multiples interprétations possibles du réel pouvant susciter des querelles et la confrontation de personnalités soumises elles-mêmes aux émotions et à divers facteurs dont l’ambition. Et bien sûr, plus le phénomène est nouveau plus les prévisions sur son devenir sont aléatoires et soumises aux controverses.
Il a fallu des siècles pour établir une interprétation cohérente, mais sûrement provisoire, du réel, même lorsqu’il s’agit d’une science « dure » comme la physique. Et la médecine est une science plutôt molle bien qu’elle se durcisse avec les progrès de la biologie, de la génétique, de l’imagerie et de la biochimie.
Le désaccord est à la base même du progrès, mais ce désaccord s’amenuise petit à petit et une vérité finit par s’établir par un consensus, qui lui-même pourra être ultérieurement remis en cause. La vérité scientifique est toujours en mouvement, une interprétation en remplace une autre ou elle complétée ou elle s’élargie, mais elle est toujours réfutable.
La vérité indiscutable n’existe que pour les croyances, parce qu’elles sont irrationnelles, indémontables donc irréfutables, surtout lorsqu’elles sont révélées. Mais ce n’est pas le cas de la science et notamment de la médecine, encore qu'elle fait naître des croyances comme le montre le succès des médecines alternatives. Aucune personnalité scientifique, aussi géniale soit-elle, même si elle prend des allures de prophète, ne peut imposer une opinion sans l’avoir démontrée et cette démonstration, même si elle est admise par les pairs, ne sera peut-être que provisoire. L’argument d’autorité basée sur la notoriété est le pire des arguments en faveur de la vérité, et le public est malheureusement sensible à cet argument plus qu’à tout autre.
Illustration : José de Ribera : « Dispute de philosophes »