Cette photo montre la manifestation « d'anti-masques » à Paris, place de la Nation, le 29 août (Photo by Adnan Farzat/NurPhoto via Getty Images) et on voit au premier plan la pancarte proclamant : « masque vaccin liberté de choix ». En somme, il s’agit d’une manifestation pour soi, pour sa petite personne, « je veux choisir ce qui me convient ». Le corolaire qui découle de cette proclamation rebelle est tout simplement : « les autres, je m’en fous, ce qui est important est ma liberté, celle des autres m’indiffère, ce qui peut leur arriver n’est pas mon problème". En cas d'épidémie, cette liberté réclamée est celle de transmettre son virus aux autres. Il y a des partages plus généreux. On pourrait m’accuser d’attribuer à ces manifestants des pensées qu’ils n’ont pas, mais dans ce cas, ce serait de l’inconscience, de l’irresponsabilité et aucunement un déficit cognitif qui les empêcherait de raisonner car les anti-vaccins se recrutent plus chez les diplômés, voire chez des élus, que dans les classes populaires. Or, le vaccin, comme le masque, est préconisé aussi bien pour protéger les autres que se protéger soi-même. La vaccination est efficace que si la majorité possède les anticorps contre le germe. J’ai entendu, il y a quelques années, l’actrice Adjani se vanter sur les ondes que ses enfants n’avaient pas eu de maladies contagieuses alors qu’elle avait refusé de les faire vacciner. Il ne lui est pas venu à l’esprit que ce sont les autres enfants vaccinés contre les maladies infantiles qui ont permis à ses rejetons d'y échapper. Pour le masque, c’est encore plus net : il protège davantage l’autre que soi-même dans les circonstances qui favorisent la contamination, ces conditions peuvent toujours se discuter, mais être contre le port du masque en toute circonstance ou selon son bon vouloir n’est pas sérieux en période épidémique, à moins de suivre scrupuleusement les autres gestes préventifs, même dans la foule. On pourrait, certes, déterminer les circonstances dangereuses et faire confiance à tous pour s’y plier sans aucune intervention des autorités. Ce serait l’idéal, mais je crains que cela ne soit pas très réaliste, du moins chez nous. La fondation Jean Jaurès publie aujourd’hui une première étude sur le profil des « anti-masques » en France sur plus d’un millier de réponses à un questionnaire en ligne. Les caractéristiques qui ressortent schématiquement de ce groupe sont : 1- Une majorité des femmes : 63%. L’âge moyen serait la cinquantaine. La plupart s’opposent à toute contrainte de la part de l’Etat. Une tendance populiste a été notée avec rejet des partis traditionnels et peu de participation aux élections. 2- Une défiance extrême envers les institutions en s’appuyant, entre autres, sur les cafouillages initiaux des représentants de l’Etat sur l’utilité du masque, voire sur sa dangerosité. Cette défiance touche même les hôpitaux qui ne récoltent la confiance que chez 53% des personnes interrogées (82% pour la population générale). 3- Un niveau de diplôme plus élevé que la moyenne (Bac + 2), “les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 36%”, selon l’étude, “alors que leur poids n’est que de 18% dans l’ensemble de la population française”. Les ouvriers et employés, ne représentent que 23% « des anti-masques » interrogés, deux fois moins que dans la population française. L’auteur de l’étude estime que le profil constaté (âge élevé, niveau de diplôme élevé) est similaire à celui des soutiens de Didier Raoult. 4- Un goût pour les thèses complotistes. Pour certains, la COVID-19 n’a même jamais existé. Pour d’autres, le masque serait un moyen d’asservir la population et la priver de sa liberté. Neuf répondants sur dix pensent que “le ministère de la santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins”...Désespérant.