Dans des billets précédents j’ai donné mon opinion sur la personnalité du Pr Raoult et sur ses sorties médiatiques que j’ai considérées souvent comme inopportunes, en dehors des prévisions erronées sur l’épidémie actuelle qu’il a pu faire et dont il est loin d’avoir l’exclusivité.
Ceci dit, j’avoue être étonné que la « Société de pathologie infectieuse de langue française » (Spilf) qui regroupe plus de 500 spécialistes, ait déposé en juillet une plainte auprès du Conseil départemental de l'Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône contre le Pr Raoult. La Spilf l’accuse d'avoir enfreint neuf articles du Code de déontologie médicale : « Le Pr Didier Raoult a délibérément prescrit de l'hydroxychloroquine souvent associée à de l'azithromycine à des patients atteints de Covid-19 sans qu'aucune donnée acquise de la science soit clairement établie à ce sujet, et en infraction avec les recommandations des autorités de santé »… « On peut se demander si ses prises de position très tranchées n'ont pas contribué à nuire au message de prévention et de santé publique, et donc à la protection de la population, en décrédibilisant ces mesures de prévention sur des bases scientifiques infondées ».
Pour ma part, je vois surtout une infraction à la déontologie médicale par ses jugements à la limite de la diffamation à l’égard de ses confrères, accusant les uns d’être à la solde des laboratoires pharmaceutiques et les autres d’être responsables de morts pour ne pas avoir prescrit à temps le traitement qu’il préconisait.
Par contre, je ne vois pas pourquoi on lui reproche de l’avoir prescrit. Il n’y avait aucun médicament efficace sur le virus, et nous n’en avons toujours pas. L’hydroxychloroquine a une activité antivirale in vitro, ce produit et ses effets secondaires sont archi connus, et sa prescription à Marseille a été, me semble-il, bien encadrée. L’ennui est que depuis on a montré que ce médicament est inefficace et les essais du Pr Raoult pour en démontrer l’efficacité sont plus que douteux, ce qui lui est également reproché. Mais à ma connaissance, il n’a porté aucun préjudice à ses malades et il est plus que probable que les actions de son institut furent bénéfiques. Il a surtout eu tort de vanter son traitement alors qu’il est manifestement inefficace, de donner un faux espoir, d'inciter les malades à exiger de leur médecin qu'il soit prescrit, et surtout d’avoir accusé ses confrères de tuer des malades en ne le prescrivant pas.
Mais s’il fallait passer devant le Conseil de l’Ordre pour avoir prescrit un médicament inefficace, le corps médical ferait la queue devant sa porte. Par ailleurs, il est souhaitable d’avoir des opinions et de susciter des controverses scientifiques, en regrettant cependant qu’elles se soient étalées dans les médias et les réseaux sociaux., comme il n’est pas interdit de se tromper tant que l’erreur ne porte pas préjudice à ses malades.
Illustration : Sharkeys