L’affirmation du titre est une évidence, sinon on approcherait de la fin de l’histoire des sciences. Mais c’est aussi une définition possible de l’incertitude, état qui accompagne tout fait nouveau, et qui aujourd’hui prédomine devant l’épidémie actuelle. Une décision prise dans l’incertitude devient donc sujet à caution et source de discussions dans les pays où il est permis de discuter et où l’on passe son temps à le faire. La mise en cause de la décision parasite l’action qui en découle au risque de rendre incertain son résultat, ce qui aboutit à une nouvelle discussion sur son opportunité.
Ce billet fait suite au billet 335 où j’exprimais vainement le vœu que mes confrères mettent un peu la sourdine dans leurs interventions dans les médias dont la teneur, pour nombre d’entre elles, va à l‘encontre des décisions gouvernementales.
A commencer par Didier Raoult qui pérorait le 27 août dans son fief, flanqué de deux femmes politiques, édiles de la mairie de Marseille, son masque sur le menton barbu et parlant à peu de distance aux deux autres qui le portaient correctement. L’une d’entre elles a félicité la sommité de sa position « révolutionnaire » correspondant à la sienne (il me semble pourtant que cet édile est plutôt de droite). J’ai beau chercher, je ne vois pas en quoi la position de Raoult est révolutionnaire, à moins de considérer que ses interventions dans les médias et les réseaux sociaux le sont. Lors de cette conférence de presse (simultanée avec celle du Premier ministre, ce qui ne doit pas être un hasard), l’oracle de Marseille s’est encore vanté d’une mortalité plus faible à Marseille qu’à Paris, sous-entendant ainsi que tous les médecins hospitaliers parisiens sont des incompétents confrontés à son génie. Il a souligné ainsi que le nombre de patients en réanimation est “deux fois plus faible à Marseille qu’à Paris, et une mortalité deux fois plus faible également parmi les cas diagnostiqués et hospitalisés”. Mais il a ajouté : “Nous, on hospitalise plus qu'à Paris, on pense qu'il faut traiter les gens le plus tôt possible”. Ce qui veut dire qu’en hospitalisant des patients peu malades, on a évidemment moins de gens en réanimation et que la mortalité globale est évidemment plus faible. Sacré Raoult.
Mais il n’est pas le seul à jeter le trouble. Les autorités sanitaires imposent le masque pratiquement partout dans les zones où la contamination semble fâcheusement amorcer une courbe exponentielle, mais des médecins sur les plateaux de TV affirment que le masque ne sert à rien en plein air. On se demande donc pourquoi les asiatiques, sans doute des demeurés, qui comptent cependant beaucoup moins de morts que nous, le mettent tous dans la rue en cas d’épidémie. L’argument de nos professeurs est que l’on n’a jamais démontré la contamination en plein air. Mais mes chers confrères, a-t-on démontré qu’elle ne peut pas exister ? A-t-on démontré que dans la rue une personne parlant fort à une autre, même à 1 mètre, ne peut pas lui transmettre le virus ? Il paraît que le virus s’envole, mais s’il s’envole justement dans les narines du vis-à-vis ? C’est bien connu les mouvements de l’air écartent gentiment le virus dans la bonne direction.
Un des arguments de l’inutilité du masque en plein air est l’absence de foyers après les grandes réunions qui ont lieu malgré les directives. Mais comment le sait-on ? Ces gens se sont largement dispersés, ils n’ont pas été dépistés à la sortie de la réunion, la période d’incubation peut même être supérieure à deux semaines, et les formes asymptomatiques sont les plus nombreuses, surtout s'il s'agit de sujets jeunes, ce qui est habituellement le cas dans ces réunions.
Parmi ces infectiologues, il y en a un (Pr Caumes) qui, pour montrer les incohérences du port du masque dans la rue, a déclaré en substance et pas peu fier de sa remarque : « des gens masqués vont passer dans la rue devant des terrasses où les consommateurs ne sont pas masqués ». Mais cher professeur, je ne vois pas où est l’incohérence. Cette disposition évitera aux gens sur le trottoir de contaminer, s’ils stationnent et parlent fort (notamment lorsqu’ils téléphonent) ceux qui sont en terrasse et qui, eux, n’ont aucune protection. Puis-je me permettre de vous trouver un peu idiot pour un spécialiste des maladies infectieuses.