Joseph Nicolas Robert-Fleury : « Galilée devant le saint office au Vatican »
Je trouve le cas du Pr Raoult assez amusant. Ce chercheur que tout le monde considère comme compétent dans le domaine des formes infiniment petites de la vie, a acquis une notoriété à l’occasion de cette épidémie virale qui doit le satisfaire. Avant ses sorties médiatiques récentes et répétées, il écrivait déjà des chroniques dans Le Point et publiait des livres à propos de sujets qui sortaient de sa spécialité, ce qui est parfaitement son droit, mais qui dénote une certaine appétence pour la notoriété, ce qui n’a rien de condamnable, d’autant plus que son point de vue et ses commentaires ne manquent jamais d’intérêt.
Or, il s’est curieusement positionné en « rebelle », ou présenté comme tel par les médias. On se demande même s’il ne cherche pas à rejoindre ainsi la cohorte des figures historiques qui, fortes de leurs convictions, s’étaient opposées aux institutions officielles comme la Faculté ou l’Eglise jusqu’à risquer leur vie.
Nous en sommes loin puisque le chef de l’Etat a fait près de 800 Km pour faire le beau à ses côtés pendant plusieurs heures. On se demande toujours pourquoi.
Mettons de côté ses déclarations initiales concernant ce coronavirus qui se sont révélées fausses par la suite, car beaucoup de gens compétents se sont trompés comme lui à son propos, et constatons que le fond de l’affaire a la consistance d’une baudruche qui aurait dû se dégonfler comme elle si Raoult n’avait pas fait son show et si des personnalités totalement incompétentes ne s’étaient pas engagées à ses côtés dans une controverse purement médicale et qui n’est pas encore éteinte.
On ne sait toujours pas si l’hydroxychloroquine, vantée par Raoult et à l’origine de ce remue-ménage, a une quelconque efficacité clinique (elle en a une in vitro) sur la Covid-19. Les petits essais qui ont été faits ne vont guère dans ce sens et plus le temps passe, plus il deviendra difficile d’en faire la démonstration.
Raoult, pour justifier l’utilisation de ce médicament, qui n’est pas anodin, a revêtu les habits du médecin thérapeute. Ce qu’il n’est pas : c’est un chercheur et non un clinicien, et l’argument qu’il avance de traiter même si l'on n’est pas sûr de l’efficacité du traitement est très discutable, surtout si ce traitement peut avoir des effets secondaires parfois mortels. Cette démarche ne se justifie que lorsque l’on est impuissant devant des cas graves. Traiter des cas qui guérissent spontanément et se glorifier des résultats est proche d’une démarche de charlatan, ce que le Pr Raoult n’est évidemment pas, mais c’est par cette démarche qu’il est apparu comme « rebelle » puisque le corps médical depuis quelques années s’efforce de prescrire des médicaments dont l’efficacité a été dûment démontrée par une méthodologie rigoureuse. Méthodologie contre laquelle le chercheur Raoult s’est bizarrement élevé.
Et voilà que contre toute attente, toute logique, et j’ose le croire malgré lui, Raoult est devenu une figure politique. Plutôt dans la catégorie « antisystème », lui qui fait partie de l’élite et du système, celui-ci n’ayant pas manqué de le récompenser pour son travail par de larges subventions, arrondies par le soutien financier de laboratoires pharmaceutiques, dont Sanofi fabriquant de la chloroquine et de ses dérivés. Une figure qui me semble plus prisée de la droite que de la gauche et que les gilets jaunes résiduels accueilleraient sans doute volontiers dans leurs rangs.
Je vous avais dit que le cas de Raoult était assez amusant. Mais nous ne rions peut-être pas des mêmes choses.