Le nombre de passages aux urgences hospitalières est passé de 7 millions en 1990 à 23 millions aujourd’hui. Inutile de dire qu’elles sont surchargées et que l’attente est longue. Les causes de cette surcharge sont multiples : fermeture des petits services d’urgence, car moins équipées, mais qui avaient l’intérêt de faire un premier tri, fermeture de lits en aval, et médecins généralistes eux-mêmes moins disponibles. Parmi ces millions de patients se présentant aux urgences, beaucoup ne nécessitent pas une intervention médicale rapide et si certains trouvent plus commode d’aller à l’hôpital pour leur bobo, d’autres ne peuvent pas faire autrement pour être soignés.
Devant cette inflation de pseudo urgences qui encombrent les couloirs et les salles, le député LREM Olivier Véran et néanmoins médecin, considère qu’un quart des patients dans les services d’urgence relèvent en réalité de la médecine de proximité, d’où son idée lumineuse (qui semble intéresser la ministre de la Santé Agnès Buzyn) : pour désengorger les urgences, il suffit de renvoyer les patients, et récompenser par des primes les services qui le feraient. Se faire payer pour ne pas soigner, travailler moins pour gagner plus (pour l’hôpital).
Des patients pourraient ainsi se trouver entre l’hôpital dont ils ont été renvoyés (même à juste titre) et une médecine de proximité pas toujours accessible (surtout dans les « déserts médicaux »).
Mais la question n’est pas là : qui va décider qu’un patient ne nécessite pas de soins rapides et comment va-t-on pouvoir l’affirmer ? En dehors de quelques cas évidents comme une dermatose, un diagnostic de non gravité impose au moins un interrogatoire, souvent un examen physique et parfois des examens complémentaires biologiques et/ou radiologiques et on se retrouve devant la situation habituelle. A moins que l’infirmière ou le médecin juge « au pif » et bonjour les dégâts et les procès.