Mais on pourrait également affirmer l’inverse : ce qui est dit ou montré n’existe pas toujours ou n’est pas forcément vrai.
En septembre 2012, j’avais écrit un petit article après la publication d’une étude du Pr Gilles-Eric Séralini censée montrer la toxicité d’un maïs génétiquement modifié (voir 118. Les OGM, graines de discorde). Cette étude fit grand bruit et fut bien orchestrée sur le plan médiatique avec notamment une couverture du Nouvel Observateur que certains pourraient qualifier de putassier et que je qualifierais de malhonnête et d’irresponsable :
Rapidement, il est apparu que la méthodologie de cette étude était très critiquable et qu’il a semblé que le Pr Séralini mêlait un peu trop science et militantisme puisqu’il est persuadé de la nocivité des OGM, et que, comme tout militant, il possède la réponse avant de débattre de la question. Devant les biais de cette étude, sa publication dans une revue scientifique (Food and Chemical Toxicology) fut par la suite retirée, à noter cependant que son comité de lecture aurait pu s’en apercevoir avant de la publier.
Quoi qu’il en soit, le Pr Séralini fit suffisamment de bruit avec ses rats boursoufflés de tumeurs pour provoquer une inquiétude de la part des autorités et susciter des études plus sérieuses. C’est ainsi que les autorités françaises et européennes ont lancé trois programmes de recherche concernant la toxicité des maïs génétiquement modifiés (GRACE, GTwYST et GMO90+). Leurs résultats ont été présentés au mois de juin par l’Association française des biologistes végétaux (AFBV) et viennent contredire l'étude de Séralini :
« Les résultats de ces programmes de recherche confirment l’absence d’effets sur la santé des maïs porteurs de MON 810 et NK 603 dans les études à 90 jours. (…) Les études à long terme (un an et deux ans), ne mettent en évidence aucun effet toxique des maïs analysés et n’apportent rien de plus que les études à 90 jours, comme l’avaient prévu les toxicologues. Ainsi, l’AFBV constate que ces nouvelles études réfutent les principales conclusions tirées des études de GE Séralini sur la toxicité des maïs « OGM » analysés : aucun risque potentiel n’a été identifié. En outre, elles contredisent ses propositions sur la nécessité de réaliser des études à long terme. Pour l’AFBV, il est donc important que les consommateurs européens soient maintenant informés des résultats de ces études qui devraient les rassurer sur la qualité pour leur santé des plantes génétiquement modifiées autorisées à la commercialisation et sur la procédure d’évaluation européenne, déjà la plus rigoureuse du monde » (communiqué de l’AFBV rapporté par JIM.fr).
Bien que le service de presse de l’AFBV ait envoyé les conclusions de ces travaux à 150 journalistes et 250 parlementaires, on ne peut pas dire que leur divulgation ait eu le même retentissement que l’étude fracassante de Séralini « Même l’AFP n’a pas voulu passer une ligne » affirme un représentant de l’AFBV.
Il est évident que pour les médias une information rassurante est beaucoup moins « sexy » qu’une information inquiétante, et qu’une information faisant état de leurs erreurs reste discrète. A cela il faut ajouter que les mouvements d’opposition comme celui des anti-OGM semblent avoir la sympathie des médias, toujours attirés par les conflits, sans parler de leur prudence devant le caractère souvent belliqueux des militants en règle persuadés d’être détenteurs de la vérité même lorsqu’elle n’a pas été démontrée.
On peut attendre en vain une couverture rectificative du Nouvel Obs aussi péremptoire que la précédente affirmant que l’on vient de démontrer que « Non, les OGM ne sont pas des poisons ! ». Les médias ont préféré donner la parole à GE Séralini en parlant de « guerre de communication ». On voit que le « chercheur » de Caen préfère quitter le domaine scientifique, et la confrontation sur la valeur des études en cause, pour rejoindre celui de la médiatisation. Le Pr Séralini a en effet tout intérêt à quitter la science où sa faiblesse est manifeste, pour rejoindre celui de la communication où il a prouvé en 2012 sa maîtrise.
Le Nouvel Obs. à peine troublé par les trois études qui viennent contredire celle de Séralini, lui a donné plutôt la parole. Je suis incompétent pour juger des arguments avancés pour sa défense (qui m'ont cependant paru à la lecture un peu tirés par les cheveux), mais le mis en cause s’est surtout élevé contre le détournement de fonds publics pour « discréditer » ses travaux. Je ne connais pas le Pr Séralini mais je trouve qu’il ne manque pas de culot : il publie une étude discutable, mais inquiétante, et il proteste que l’on soit dans l’obligation d’en vérifier la validité dans le strict respect d’une démarche scientifique. Il est en effet regrettable que la peur des pouvoirs publics après son étude d’emblée sujette à caution ait conduit à dépenser plusieurs millions d’euros pour l’infirmer. On comprend aussi que le Pr Séralini aurait préféré que l’on ne vérifie pas les résultats de son étude. C’est humain, mais détestable.