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Saint Antoine, vers les années 250 après JC, abandonna une vie aisée pour devenir ermite dans le désert égyptien. Après deux ans de cette vie de prières et de travaux manuels, il fut tenté par le démon et on voit bien le type de tentation que le démon lui faisait miroiter après deux ans d’abstinence. Une tentation qu’il tenta d'écarter en augmentant son isolement (dans une grotte) et son autopunition (pénitence et jeûne). Ce qui n’empêcha aucunement le démon de venir chaque nuit le tyranniser avec sa troupe de bêtes terrifiantes provoquant des douleurs abdominales et en laissant des plaies des extrémités alors que malgré son état pitoyable, des femmes lascives venaient le tenter. Le combat du saint homme contre le Diable se répandit et des disciples venus en vain le voir entendaient à distance les cris provoqués par ce combat épique.
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En fait, saint Antoine ne survécut que par sa sainteté qui l’amenait à être frugal et à jeûner souvent car si le diable était en lui, c’était sous forme alimentaire. Tous les six mois un frère lui apportait un sac de farine de seigle, du sel, des dattes et de l’eau. Le diable était dans les galettes de seigle qu’il consommait, heureusement fort peu car elles étaient contaminées par l’ergot, un champignon qui infecte les céréales, en particulier le seigle et il contient de l’ergotamine, alcaloïde dont l’hydrolyse donne de l’acide lysergique dont un dérivé est la fameuse drogue LSD.
Les substances contenues dans ce champignon (Claviceps purpurea) entraînent la réduction du calibre ( vasoconstriction) des petites artères au niveau du cerveau, des extrémités , et de l’intestin. La réduction de l’apport sanguin provoque des douleurs vives ( et parfois une gangrène), des brûlures intenses au niveau du ventre, et des hallucination effrayantes. Cet ensemble pathologique est appelé « ergotisme ».
Cet ergotisme est le « mal des ardents » ou le « feu de saint Antoine" et il fut un fléau pendant tout le Moyen Âge en rendant fous des villages entiers. Nombre de ces malades « diabolisés » se plaignant de brûlures intenses terminèrent...sur le bûcher. Il a fallu attendre le XVIe siècle pour faire le rapprochement entre le seigle et le « feu de saint Antoine ». Malgré les précautions prises la maladie peut resurgir, ce fut le cas en 1951 à Pont-Saint-Esprit (ça ne s’invente pas) où le « pain maudit » a fait 7 morts, 50 hospitalisés en psychiatrie parmi les 250 atteints.
Illustrations (les tentations de saint Antoine) : du haut en bas : Bosch, Félicien Rops, Bernardo Parentino
Source : article de Jean-Noël Fabiani-Salmon paru dans la Revue du Praticien de juin 2026