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Les guerres perdues de Trump par Nicolas Baverez. Extraits de l’article paru dans Le Point du 18/06/26
« Donald Trump a perdu ses trois guerres – économique, commerciale et militaire – face à l’Iran. Et ces trois défaites pourraient compromettre sa victoire à la Pyrrhus remportée dans sa guerre contre la démocratie.
En guise d’âge d’or, Donald Trump a ramené l’Amérique à l’âge de fer. L’économie, engagée dans un cycle de croissance intensive et de plein-emploi, a basculé dans la stagflation. L’activité a chuté. L’inflation s’élève à 4,2 %, avec un emballement des coûts de l’énergie et de l’alimentation. Le chômage remonte tandis que le pouvoir d’achat recule de 1 %. Les inégalités se creusent, la richesse des 1 % les plus fortunés étant équivalente à celle de 80 % de la population. Le déficit public s’élève à 7 % du PIB, la dette à 120 % du PIB et son service à 3 % du PIB. Elle est insoutenable, dès lors que les taux atteignent 4,5 % à dix ans et 5 % à trente ans et que le privilège du dollar s’efface. »
"La guerre commerciale a tourné à la débâcle. Elle a été sanctionnée par la Cour suprême dans son arrêt Learning Resources du 20 février 2026, qui a rappelé que les droits de douane sont des impôts qui relèvent de la compétence du Congrès. La hausse des droits, ramenée de 25 à 12 % en moyenne en partant de 2 %, représente un prélèvement de 2 400 dollars sur chaque ménage, cassant la consommation. Le tournant protectionniste des États-Unis n’a pas empêché un déficit commercial record de 1 241 milliards de dollars en 2025, tout en plongeant dans le chaos les échanges et les paiements mondiaux. En revanche, il a assuré le triomphe de la Chine de Xi Jinping, qui a remporté haut la main la guerre commerciale avec la menace de mettre en place un embargo sur les terres rares, qui poursuit méthodiquement sa stratégie de dédollarisation et qui construit avec le Sud global un système multilatéral excluant l’Occident. »
« Dans un conflit asymétrique, le fort perd en ne gagnant pas tandis que le faible gagne en ne perdant pas. Sous la fausse paix d’un accord en trompe l’œil, la République islamique est vainqueure. Elle a résisté à sa décapitation, s’est maintenue et radicalisée, préservant son potentiel nucléaire, son arsenal balistique, ses alliés avec le Hezbollah et les Houthis. Elle a mis en œuvre une arme de destruction massive de l’économie mondiale en prenant le contrôle du détroit d’Ormuz. »... L’actuel président états-unien est tout aussi incapable de gagner la guerre que de conclure une paix durable. L’Amérique voit sa puissance laminée, ses dirigeants et ses institutions délégitimés, ses alliances discréditées, ses alliés isolés et affaiblis, qu’il s’agisse des monarchies du Golfe, des démocraties d’Europe et d’Asie ou d’Israël. Là encore, le véritable gagnant est la Chine, qui incarne la stabilité face à des États-Unis imprévisibles et impuissants. »
« À ce jour, la seule guerre remportée par Donald Trump est celle qu’il a déclarée à la démocratie et à l’État de droit. Tous les pouvoirs ont été concentrés entre les mains du président au nom de la théorie de l’exécutif unitaire. La milice ICE terrorise la population et l’armée a fait l’objet de purges politiques en pleine guerre. La justice a été mise sous tutelle avec la complicité de la Cour suprême, tout comme la FED et la SEC. Les médias et les universités ont été placés sous le contrôle de l’administration. Les élections sont manipulées et biaisées. La corruption à la tête de l’État est généralisée et assumée, avec pour pendant le retour à un capitalisme de prédation. Le nationalisme, le racisme et le primat de la force sont revendiqués comme idéologies d’État. »