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La commission des lois a adopté, le 11 février dernier, une proposition de loi du député « Ensemble pour la République » Charles Rodwell visant à "renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d'attentat". Le texte offre la possibilité aux préfets d’obliger une personne "suspecte" ayant « des troubles psychiatriques et adhérant à une idéologie terroriste mais n’ayant commis encore aucun trouble à l’ordre public, à se soumettre à un examen psychiatrique » réalisé par un psychiatre choisi par la personne concernée sur une liste établie par la cour d'appel du lieu et, en cas de refus, à demander une admission provisoire en soins psychiatriques sans consentement.
Notons que :
- Cette loi permet de faire le diagnostic de troubles psychiatriques avant que l’intéressé ait été examiné par un psychiatre
- Que l’internement sans consentement existe déjà pour tout personne dont l’état psychiatrique est jugé dangereux, même sans passage à l’acte.
- Que des structures existent, avec psychiatrie, pour les « radicalisés », (ce qui semble être ignoré par les parlementaires).
On peut donc penser que cette proposition de loi tient plus de la gesticulation, indice d’impuissance, que de l’efficacité escomptée.
Le syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH) demande le retrait de cette proposition de loi la jugeant dangereuse et inefficace. Les psychiatres et l'hôpital public ne veulent pas être impliqué "dans la prévention des actes délictueux, criminels et terroristes, commis notamment par les personnes étrangères, notamment sous OQTF", et les impliquer serait une double erreur :
- La première consistant à "penser la possibilité d'un diagnostic fin et de l'évaluation de la dangerosité criminologique sur un mode express et sous contrainte" ;
- La seconde, en imaginant qu'il serait licite de faire cohabiter en un même lieu des personnes souffrantes et des personnes suspectes de radicalité et de troubles psychiques. Un mélange de populations dangereux.
Le praticien lui-même peut devenir une cible puisqu’il prend la responsabilité de déterminer l’avenir d’individus dangereux, ce qui pourrait l’inciter à renoncer à son indépendance pour sa sécurité. Le syndicat fait remarquer en outre que tous "les psychiatres ne sont pas formés pour détecter la radicalité, ce n'est pas leur champ d'intervention ni leur domaine de compétence".
La question se pose évidemment du lien entre terrorisme et troubles psychiatriques. Dans une méta-analyse, les études examinées avaient constaté que le taux de diagnostics psychiatriques formels chez les individus radicalisés ayant commis un acte de violence allait de 0% à 48,4% ! Ce qui laisse rêveur sur la validité et même l’intérêt de ce genre d’étude.
Le fanatisme n’est pas considéré comme un trouble psychiatrique, comme la schizophrénie par exemple, mais a-t-on conservé son bon sens et son discernement lorsque l’on est persuadé de posséder la vérité et surtout lorsque l’on veut l’imposer aux autres jusqu’à éliminer tous ceux qui s’y opposent ou même ne la partagent pas ? Le fanatisme ne se soigne pas et ce sont les autres qui en sont malades car peut-on soigner un fanatique religieux persuadé d’agir au nom de son Dieu et qui escompte bien en être récompensé ultérieurement dans un Paradis que certains conçoivent comme un bordel.
Michel Rocard disait jadis que la France ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde, elle ne peut pas non plus soigner gratuitement tous les déséquilibrés qui y pénètrent. Et même ceux que l’on soigne, lâchés dans la nature, ils peuvent à tout moment cesser leur traitement et passer à l’acte.
Nos parlementaires se font beaucoup d’illusions et tentent, sans doute inconsciemment, de faire glisser leurs responsabilités vers les psychiatres qui les refusent à juste titre.
Illustration : Hiéronymus Bosch « Extraction de la pierre de folie »