Ce titre paraphrase l’injonction de Pompidou à son gouvernement en parlant des Français. Les médecins libéraux se mettent en grève. Je suis trop loin de l’exercice de ma profession pour connaître la situation actuelle, mais une des raisons qui m’a poussé à prendre ma retraite est l’invasion pesante, parasite, chronophage de la bureaucratie qui commençait à s’infiltrer progressivement mais inéluctablement entre mes patients et moi comme une espèce de fantôme omniprésent surveillant par-dessus mon épaule mes agissements coupables. L’administration française dont les agences, les observatoires et les règlements se multiplient, et dont le nombre est inversement proportionnel à celui des usines sauvegardées, finit par bouffer ce qu’elle est censée favoriser.
Aujourd’hui soigner coûte cher et coûtera de plus en plus cher. La science médicale progresse très vite, elle utilise des outils de plus en plus sophistiqués et de plus en plus onéreux. Les traitements sont de plus en plus efficaces et parfois hors de prix pour les maladies graves et les gens de plus en plus vieux et donc de plus en plus malades.
Les médecins sont certes coupables d’avoir fait progresser la médecine, mais en dehors de ça, ils ne sont pour pas grand-chose dans l’inflation des dépenses de santé. Les montrer du doigt est un peu comme culpabiliser un soldat pour les dépenses de munitions qu’il utilise pour combattre.
La plus grande partie des médecins exercent en libéral et s’ils sont liés par des conventions avec l’Assurance maladie, ils ne sont pas payés par elle comme certains l’affirment. Ils sont honorés par les patients, ce sont eux qui payent et les frais sont remboursés ou avancés par une compagnie d’assurance pour laquelle ils cotisent comme tout le monde. Les médecins ne sont pas encore des fonctionnaires, mais au train où vont les choses, ils vont finir par le devenir et dans les pays où ils le sont devenus entièrement ce n’est guère brillant.