.On a le choix pour l’excision du sexe des femmes entre :
- L’ablation du prépuce du clitoris (la « sunna »)
- L’ablation du clitoris et des petites lèvres
- L’infibulation (dans 15% des cas) : ablation du clitoris, des grandes et petites lèvres avec suture de la vulve en laissant un pertuis pour l’écoulement de l’urine et des flux menstruels. Les fils sont coupés par le mari après le mariage ou rompus de force lors des tentatives de rapports sexuels.
Indépendamment des conséquences sur la sexualité féminine, les risques qui peuvent découler de ces mutilations génitales sont nombreuses, notamment lors d’un accouchement (déchirures, hémorragies, fistules, incontinences, néomortalité…), ce qui explique qu’elles font l’objet d’une condamnation unanime par les organisations internationales et par les états où l’excision se pratique toujours notamment en Afrique. En Guinée, presque toutes les femmes sont excisées. Témoignage paru dans Le Point du 12/09/24 : "Chez nous en Guinée, on n'a pas vraiment le choix...Celles qui ne sont pas excisées sont injuriées : elles se font traiter de filles des rues, de filles abandonnées. Personne ne les approche, il est même interdit de boire dans un verre qu'elles ont utilisé. Les gens disent qu'elles vont trop aimer le sexe si elles ne sont pas excisées...".
Il est vrai que le clitoris prélevé lors de l’excision a un intérêt commercial puisqu’on lui attribue de multiples vertus. Les exciseuses le font d’abord sécher pendant un mois ou deux, puis le pilent avec des cailloux. « Il en résulte une sorte de poudre noire, mélangée à des feuilles, des racines, des écorces, ou encore du beurre de karité »…« il est utilisé pour faire des philtres d’amour, avoir de l’argent ou accéder à de hautes fonctions politiques »…« Au nord-ouest de la Côte d’Ivoire, les poudres de clitoris sont utilisées par les agriculteurs, qui les mélangent à leurs semences pour améliorer la production de leurs champs. Dans le centre ouest, les clitoris réduits en poudre sont utilisés comme aphrodisiaques », un retour aux sources, en quelque sorte.
Devant tous ces avantages il se trouve qu’un groupe de chercheurs (sic) a même publié une tribune dénonçant comme raciste ( !) les campagnes internationales de lutte contre les mutilations génitales féminines. Et pas dans n’importe quelle revue, il s’agit du Journal of Medical Ethics publié par le prestigieux British Medical Journal (BMJ ) où un groupe d’universitaires venant de plusieurs pays occidentaux ont publié en septembre dernier une tribune dénonçant les « dangers de la campagne actuelle contre les MGF ». Les auteurs de ce texte avancent que les critères de la culture dite occidentale ne sont pas applicables à toutes les cultures et ne doivent pas leur être imposés. Si l’on trouve ces mutilations du sexe des femmes révoltantes, elles sont considérées comme normales dans d’autres contrées comme au Mali, en Guinée, en Egypte ou encore au Soudan, où ce sont plus de 85 % des femmes qui sont excisées.
Ces « chercheurs » s’étonnent que l’excision soit condamnée alors que l’on tolère et même que l’on promeut (en Amérique du Nord en particulier) la circoncision masculine ou d’autres actes de mutilation génitale, comme les opérations de changement de sexe. Pour les auteurs de la tribune, le point de vue des organisations internationale est « fortement racisé et ethnocentré »…Le discours dominant sur les MGF dans le Nord est souvent basé sur une simplification excessive, la désinformation, les stéréotypes et des données erronées ». Pour eux, l’excision donnerait moins de conséquences que l’on veut bien le dire. Les auteurs de la tribune vont plus loin en considérant que les lois réprimant ces mutilations génitales en Occident constituent une immixtion injustifiée dans la vie familiale des familles immigrées. Je suppose qu’ils iraient jusqu’à justifier les violences conjugales.
On peut évidemment discuter de la circoncision, mais la mettre sur le même plan que l’excision est spécieux. La circoncision n’entraîne aucun inconvénient pour l’homme et présente quelques avantages en matière d’hygiène et surtout la prévention du phimosis, entrave aux rapports sexuels et à la procréation (sans doute à l’origine de la pratique sous couvert religieux). L’excision est une pratique de domination de l’homme sur la femme, en déléguant aux femmes le soin de l’exécuter. L’excisée n’en tire aucun avantage mais des inconvénients parfois dangereux. Quant à la chirurgie effectuée pour un changement de sexe, elle est réclamée et non imposée.
Pour les auteurs de la chronique, l’excision serait plus vue comme une « amélioration du corps » que comme une « mutilation ». On peut rapprocher cette façon de voir de celle du député tunisien Habib Ellouze qui appartient au parti islamiste Ennahda et qui avait déclaré « Dans les régions (d'Afrique) où il fait chaud, les gens sont contraints d'exciser les filles à titre de thérapie, car dans ces régions, les clitoris sont trop grands et gênent l'époux. On excise ce qu'il y a en plus, mais ce n'est pas vrai que l'excision supprime le plaisir chez les femmes, c'est l'Occident qui a exagéré le sujet. L'excision est une opération esthétique pour la femme ». On pourrait également, pour l’esthétique, débarrasser ce monsieur de ce qu’il a en plus chez lui et ce n’est sûrement pas l’intelligence.
Le « décolonial» et « l’inclusion » permettent de se tremper dans le bain de jouvence du primitif le plus authentique.