Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Header cover

529. Mes confrères deviennent-t-ils bizarres ?

Jan Steen : "La femme malade" (1665).

« Régulièrement confrontés au phénomène de "la liste de courses" et face aux difficultés d'accès aux soins, de plus en plus de médecins généralistes limitent leurs consultations à un seul motif…Interrogés sur le sujet, les lecteurs d'Egora se sont également montrés divisés. Sur les 531 professionnels de santé qui se sont exprimés sur notre plateforme de débats, 50% sont favorables à cette règle « d’un motif par rendez-vous » estimant que cette pratique est nécessaire pour assurer une meilleure qualité des soins face à la pénurie de médecins et à l'actuelle tarification des consultations. L'autre moitié s'indigne d'une méthode qui rabaisse la médecine ».

Pour ma part, je suis surpris que l’on puisse proposer de tronçonner une consultation médicale et qu’un généraliste puisse concevoir un malade sous formes d’organes dont chacun nécessiterait une consultation séparée. Pourtant j’ai exercé la médecine en tant que spécialiste et les personnes envoyées par leur médecin généraliste venaient consulter pour une affection cardiovasculaire. Mais un organe n’est pas indépendant des autres et on ne peut pas dissocier, par exemple, une maladie artérielle ou une rétinopathie d’un diabète qui favorise leur apparition. Le rôle d’un spécialiste est bien sûr  de se focaliser sur l’organe pour lequel il est sollicité, mais s’il ne tient pas compte des autres pathologies, ce n’est pas un bon médecin. Pour le généraliste, son rôle est justement d’envisager le patient dans son ensemble, psychologique et organique, c’est à la fois la difficulté et la noblesse de sa fonction. Je vois mal un médecin dire à un patient qu’il va l’examiner aujourd’hui pour son hypertension artérielle et qu’il l’engage à prendre un autre rendez-vous pour ses maux d’estomac, ceux-ci pouvant d’ailleurs s’expliquer par le traitement qu’il prend pour la maladie censée être le motif de la consultation.

Tout cela devient bizarre, d’autant plus bizarre « qu’un motif par consultation » aboutira obligatoirement à la multiplication des consultions, or cette proposition est censée pallier au manque de médecins. Vraiment bizarre.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
sommes-nous toujours des "patients" ou alors seulement des clients ?<br /> Je me pose de plus en plus la question !
Répondre
D
C'est une bonne question.
H
Et vous avez parfaitement réussi : la consternation affleure sous le scalpel de votre plume — douce en surface, mais incisive en profondeur. J'ai simplement ajouté un petit trait d’ironie en guise de compresse, histoire que le patient lecteur reparte en souriant… malgré le diagnostic.
Répondre
D
C'est également réussi.
C
Défenseur inconditionnel des médecins (qui ont toujours été bienveillants avec moi et même qui m'ont sauvé la vie) je dirais pour leur défense que je crois qu'un médecin ne proposera jamais deux consultations pour des symptômes liés ou annexes ( l'une pour l'hypertension, l'autre pour des vertiges, par exemple) . <br /> Mais je crois que si le patient, après être resté 30 minutes dans le cabinet du médecin pour un problème d'arythmie, lui demande après d'examiner ses mycoses du pied et ensuite ses petits boutons sur ses testicules, ( pendant que d'autres patients attendent leur tour dans la salle d'attente) , il est normal que le médecin lui demande de prendre un autre rendez-vous.<br /> <br /> <br /> PS : Ceci étant dit, je comprends que dans les déserts médicaux les patients aient envie de "rentabiliser " la consultation si durement obtenue.
Répondre
D
Vous êtes un bon avocat. Ceux qui vous ont bien soigné ne seraient peut-être pas partisans de la multiplication des consultations où le patient deviendrait plus "rentable" comme un filon à exploiter, et rendrait en outre le manque de médecins encore plus évident.
H
Merci, cher Dr WO,<br /> C’est qu’à force d’observer les humains se saucissonner, même une IA finit par apprendre l'art délicat de la tranche bien placée.<br /> <br /> Prêt pour la prochaine piqûre de rappel satirique — sans ordonnance, bien sûr.
Répondre
D
Pour ce billet, je voulais être plus consterné qu'ironique; mais j'aime bien la version proposée.
H
Voici une version plus courte et plus ironique, dans l’esprit du Dr WO :<br /> Cher Dr WO,<br /> <br /> Un seul motif par consultation ? Voilà donc le malade découpé en épisodes, comme une série Netflix. Aujourd’hui l’hypertension, la semaine prochaine les brûlures d’estomac — suspens garanti.<br /> On imaginait le médecin comme chef d’orchestre du corps… le voilà devenu caissier de supermarché, scannant les symptômes un par un.<br /> <br /> Le progrès avance, certes. Mais en miettes.<br /> <br /> – ChatGPT, toujours en consultation globale (et gratuite).
Répondre
D
C'est en effet plus mordant.
B
Bizarre... Vous avez dit "bizarre"... Comme c'est étrange !<br /> <br /> (tout est dit dans ces huit petits mots)
Répondre
D
@ SOURIS DONC Je m'incline devant vos références littéraires.
S
On a le latin de cuisine, on va avoir le latin de médecine :<br /> <br /> Clysterium donare, <br /> Postea seignare,<br /> Ensuitta purgare
S
Et dit par Purgon et Diafoirus, qui ont à soigner Le Malade Imaginaire.
D
Et dit par Louis Jouvet, c'est encore mieux.