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Jan Steen : "La femme malade" (1665).
« Régulièrement confrontés au phénomène de "la liste de courses" et face aux difficultés d'accès aux soins, de plus en plus de médecins généralistes limitent leurs consultations à un seul motif…Interrogés sur le sujet, les lecteurs d'Egora se sont également montrés divisés. Sur les 531 professionnels de santé qui se sont exprimés sur notre plateforme de débats, 50% sont favorables à cette règle « d’un motif par rendez-vous » estimant que cette pratique est nécessaire pour assurer une meilleure qualité des soins face à la pénurie de médecins et à l'actuelle tarification des consultations. L'autre moitié s'indigne d'une méthode qui rabaisse la médecine ».
Pour ma part, je suis surpris que l’on puisse proposer de tronçonner une consultation médicale et qu’un généraliste puisse concevoir un malade sous formes d’organes dont chacun nécessiterait une consultation séparée. Pourtant j’ai exercé la médecine en tant que spécialiste et les personnes envoyées par leur médecin généraliste venaient consulter pour une affection cardiovasculaire. Mais un organe n’est pas indépendant des autres et on ne peut pas dissocier, par exemple, une maladie artérielle ou une rétinopathie d’un diabète qui favorise leur apparition. Le rôle d’un spécialiste est bien sûr de se focaliser sur l’organe pour lequel il est sollicité, mais s’il ne tient pas compte des autres pathologies, ce n’est pas un bon médecin. Pour le généraliste, son rôle est justement d’envisager le patient dans son ensemble, psychologique et organique, c’est à la fois la difficulté et la noblesse de sa fonction. Je vois mal un médecin dire à un patient qu’il va l’examiner aujourd’hui pour son hypertension artérielle et qu’il l’engage à prendre un autre rendez-vous pour ses maux d’estomac, ceux-ci pouvant d’ailleurs s’expliquer par le traitement qu’il prend pour la maladie censée être le motif de la consultation.
Tout cela devient bizarre, d’autant plus bizarre « qu’un motif par consultation » aboutira obligatoirement à la multiplication des consultions, or cette proposition est censée pallier au manque de médecins. Vraiment bizarre.