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Place Clichy, par temps sec, deux Afro-Français étalent sur le trottoir une bibliothèque de vieux livres dont personne ne veut plus. Ils alignent ces dépouilles serrées les unes contre les autres dans ce long caveau où des génies se mêlent aux inconnus.
Elles attendent. Elles savent qu’elles reprendront vie si un acheteur, pour un à trois euros, les ouvrent à nouveau.
C’est le miracle des livres, il suffit de les ouvrir, d’en lire les lignes superposées pour que la vie surgisse, que des personnages s’expriment et que des aventures inattendues se déroulent d’une page à l’autre. On tourne les pages comme tournent les aiguilles du temps jusqu’au mot fin.
Et le livre meurt à nouveau, et redevient dépouille sur une étagère de bibliothèque, sur l’étal d’une rue, ou sur les bords de la Seine attendant qu’une famille veuille bien l’adopter et lui redonner vie.
C’est ainsi que les livres ne meurent jamais vraiment.
Pour l’instant.