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197.« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà »

 

Ce titre est évidemment emprunté à Pascal qui, lui-même, avait plus ou moins emprunté cet aphorisme à Montaigne, puisque celui-ci avait écrit avant lui dans ses Essais : "Quelle vérité que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au-delà".

Cette idée des frontières conceptuelles vient à l’esprit lorsque l’on jette un coup d’œil sur l’attitude des différents pays à l’égard de la fin de vie, et dans le choix donné à chaque personne sur la façon de mourir. Cette carte en donne une idée

197.« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà »

 

L'euthanasie n'est officiellement légale en Europe que dans trois pays (Pays-Bas, Belgique, Luxembourg), mais d'autres autorisent ou tolèrent une forme d'aide à la mort, notamment la Suisse, qui a légalisé le suicide assisté (ce qui va finalement plus loin). Conceptions très différentes malgré les mêmes sources culturelles et une évolution historique commune.

Il n’y a pas de grandes différences entre un Belge et un Français et pourtant la Belgique, notre voisine, a dépénalisé l’euthanasie dès 2002 dans des cas prévus par la loi et sous le contrôle d’une commission. Plus de 2.000 cas d'euthanasie ont été déclarés en 2015 en Belgique (selon l’AFP). Le nombre de cas déclarés est en hausse constante : 24 en 2002, près de 500 en 2007, 1133 en 2011, 1924 en 2014. La Belgique est par ailleurs le seul pays à autoriser cet acte sans limite d'âge. Aux Pays-Bas, un âge minimum de 12 ans est requis.

Le Parlement français, quant à lui, vient d’adopter, le mercredi 27 janvier une proposition de loi PS-LR (loi Claeys-Leonetti) accordant de nouveaux droits aux personnes enfin de vie, plus de dix ans après la loi Leonetti de 2005.

Cette nouvelle loi n’est aucunement révolutionnaire, et semble d’ailleurs approuvée par l’épiscopat français. La pratique hospitalière que j’ai vécue, il y a quelques années, l’avait déjà plus ou moins adoptée avant l’heure.

Le texte instaure un droit à la « sédation profonde et continue » jusqu’au décès, le « droit de dormir avant de mourir pour ne pas souffrir » pour les malades en phase terminale. Mais chose plus nouvelle : cette sédation devra être accompagnée d’un arrêt de tous les traitements, y compris de l’alimentation et de l’hydratation artificielles, ce que l’on n’osait pas faire auparavant.

Les directives anticipées quant au refus d’un acharnement thérapeutique, sont devenues contraignantes mais pas opposables. Aussi c’est, en définitive, à l’équipe soignante de décider si elles « apparaissent manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale. 

Sans prendre parti, car le choix de la façon de mourir est éminemment personnel, et si une loi existe, elle donne une opportunité mais personne n’est obligé d’y obéir quand il s’agit de sa propre mort, cette nouvelle loi amène (au moins) deux remarques :

D’abord, elle ne résout aucunement les cas douloureux qui ont fait la une des journaux : celui des patients bien vivants mais en état plus ou moins végétatif sans espoir de récupération, et celui des patients vivants et conscients, mais à ce point diminués qu’ils réclament eux-mêmes de disparaître.

Ensuite, la difficulté du dosage de la sédation. Car si cette loi ne veut pas envisager de donner la mort, et continue à l’interdire, bien malin est celui qui pourra déterminer la dose exacte permettant de supprimer totalement la douleur en évitant de provoquer la mort, alors que la dose mortelle est spécifiquement individuelle. A cela s’ajoute l’arrêt de toute hydratation et alimentation qui provoque en lui-même la mort après une agonie dont la durée dépend, là aussi, des résistances individuelles.

Cette loi ne serait-elle pas un tantinet hypocrite pour être consensuelle ? car si elle obéit au commandement : « tu ne tueras point », elle le remplace par « tu hâteras la mort, mais sans te presser », en préservant ainsi l’agonie et la déchéance progressive du corps plus qu’une vie digne d’être vécue.

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D
Je n'ai pas envisagé - pudiquement - cette question économique dans mon billet et elle n'est évidemment pas envisagée dans la loi. Notre humanisme risque, en effet, de devoir être tempéré et le facteur "espérance de vie" joue un rôle de plus en plus grand dans l'application des traitements, notamment lorsqu'ils sont dispendieux. 
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C
Indépendamment de nos positions individuelles, en raisonnant macro-économique et démographique, si nos sociétés s'amusent à  garantir à tous leurs membres une longue vie de légume, et d'être nourris, hydratés (et donc aussi soignés des maladies annexes !) sans aucune limite, on n'est pas sortis de l'auberge ! ni de l'hôpital d'ailleurs !<br /> Moi je pense que cette question va évoluer dans nos esprits quand nous serons débarrassés de l'idée utopique que la santé et la médecine peuvent être soustraites à toutes contraintes économiques.<br />  
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D
L'arrêt de l'alimentation et de l'hydratation risque au contraire d'être douloureux.
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F
Un sujet délicat.. mais comme d'habitude en France c'est l'hypocrisie qui prime.. quelles sont les conséquences de l'arrêt de l'alimentation et de l'hydratation sur la douleur ? Une fois de plus c'est la religion qui sous-tend tout cela.. <br /> Bonne soirée Dr WO
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D
On voit la complexité. En effet plutôt que d'attendre la mort que l'on provoque, pourquoi ne pas la donner ?
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S
Je suis plutôt de l'avis de Pangloss. Je n'ai pas envie de souffrir inutilement mais supprimer alimentation et hydratation...pourquoi ? Je ne suis pas médecin mais j'ai connu plusieurs cas où une "sédation profonde" abrégeait les souffrances assez rapidement, comme on dit ! Comme vous le dites, chaque cas est particulier. Par contre c'est vrai que le suicide assisté me choque. Mais là aussi c'est très personnel.
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D
Oui, c'est achever par omission. C'est en effet une loi hypocrite qui peut satisfaire le clergé mais les "pro-vie" s'en méfient et les partisans de "mourir dans la dignité" ne s'en satisfont pas.
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P
Sédation profonde, je veux bien si elle supprime la douleur mais j'ai une réticence vis-à-vis de l'interruption de l'alimentation et de l'hydratation. C'est une autre manière de tuer. A ce compte-là, une piqure définitive est moins hypocrite. Et pourquoi pas un coup de marteau?
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D
Mais chacun est libre de souffrir longuement comme le disait ce brave José Maria Escriva de Balaguer, fondateur de l'Opus Dei : « Bénie soit la douleur ! Aimée soit la douleur ! Sanctifiée soit la douleur ! »
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L
Chacun tu à sa manière.<br /> Les barbares à coup de bombe et de hache et les soi-disant civilisés, à coup de piquouse!!
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