Vous achetez deux belles bêtes.
Vous les coupez en deux en séparant proprement la tête du corps.
Vous juxtaposez avec minutie la tête de l’un, bien rafraîchie, sur le corps de l’autre.
Vous pouvez jeter le corps de l’un et la tête de l’autre qui ne servent plus à rien.
Vous irriguez bien, et vous ajoutez les ingrédients nécessaires pour que la tête de l’un reste sur les épaules de l’autre.
L’ensemble peut mijoter jusqu’à vingt heures, et on en fera tout un plat.
C’est un plat chinois avec une garniture italienne selon une vieille recette américaine des années 70, améliorée.
Mais ce n’est pas une recette de cuisine.
C’est une greffe de tête de singe (vivant) sur le corps (vivant) d’un autre singe, accomplie par le groupe du professeur XiaoPing Ren, de l’Université médicale de Harbin (Chine). Le singe a été maintenu en vie pendant 20 heures, le cerveau préservé. L'opération a été réalisée en collaboration avec Sergio Canavero, professeur de neurosciences de cette même université qui l’avait proposé il y a quelques années à Turin après avoir amélioré le protocole chirurgical du neurochirurgien américain Robert White qui tenta des greffes de têtes de chien et de singe dès les années 1970, en laissant sans doute derrière lui un joli carnage.
Il y a un an, un patient, Valery Spriridonov, jeune russe de trente ans souffrant d’une grave maladie dégénérative s’était déjà porté volontaire pour recevoir un nouveau corps. Une tentative chez l’homme serait envisagée dès 2017, ce sont les fonds qui manquent le plus et peut-être la réflexion.
Le Caravage : « Judith décapitant Holopherne »