23 euros, c’est le prix que je paie pour une coupe de cheveux, c’est celui d’un repas médiocre dans une brasserie, c’est également celui de la consultation d’un médecin généraliste.
La majorité de la population est évidemment en faveur du tiers payant généralisé pour les honoraires dus au médecin, comme elle serait partisane d’être rasée gratis ou de manger à l’œil. Au médecin d’être payé par l’assurance maladie comme l’est l’artisan par l’assurance voiture pour un remplacement de pare-brise. A lui d’attendre qu’on le paie, à lui de contrôler que ses honoraires lui sont bien versés. Ce système n’est pour l’instant aucunement au point, mais qu’importe, il va s’imposer malgré les inconvénients prévisibles, les réticences ou les remarques des intéressés, car c’est une mesure dite de gauche.
On ne sait pas si cette mesure sera judicieuse, efficace, économique, mais elle est de gauche, avec un petit clin d’œil vers les « frondeurs ».
Mais est-elle vraiment de gauche ?
Les soins des pauvres sont déjà intégralement pris en charge par la Couverture Médicale Universelle (CMU) pour les bas revenus, et par l’Assistance Médicale d’Etat (AME) pour les étrangers en situation irrégulière. La plus grande partie de la population est heureusement capable de sortir les 23 euros, mais il est vrai que la question peut se poser pour des gens peu fortunés, mais n’étant pas à la CMU, amenés à sortir plusieurs fois ces 23 euros, et dans ces cas le médecin instaure souvent lui-même le tiers payant.
Quoi qu’il en soit, la mesure parait être de gauche car elle est égalitaire, puisque l’on accorde aux gens fortunés, pour lesquels 23 euros ne représentent que peu de chose, le même avantage qu’aux gens pauvres. Une égalité constitutionnelle que l’on pourrait aussi qualifier de droite.
Dessin de KIRO paru dans le Canard enchaîné du 18 mars 2015