La loi Leonetti-Claeys sur la fin de vie est en passe d’être adoptée. Pour l’instant l’amendement qui proposait "une assistance médicalisée active à mourir" a été rejeté à une courte majorité le 11mars, lors du débat à l'Assemblée Nationale.
En l’état cette loi n’apporterait rien de bien nouveau sinon que le patient pourra demander dans des situations strictement encadrées par la loi à bénéficier en phase terminale d’une « sédation profonde et continue jusqu’au décès ». La nouveauté est « continue jusqu’au décès ». Autrement dit, en cas de douleurs ne pas attendre la réapparition de celles-ci pour renouveler la sédation. Le « jusqu’au décès » est évidemment ambigu, mais il s’agit de cas désespérés où l’on permet au mourant de mourir pendant son sommeil. On peut difficilement être contre.
Reste que le cas difficile des grands handicapés réclamant la mort ne semble pas avoir été envisagé (je ne connais pas tous les détails de la loi) et le suicide assisté est pour l’instant écarté.
Avant le débat à l’Assemblée est paru dans Le Monde du 10 mars 2015 un appel de « cinq hauts dignitaires des trois grandes religions monothéistes pour dire leur opposition à l’emploi de la sédation pour donner la mort ». Dans laquelle ils déclarent que « toute vie humaine doit être respectée spécialement au moment où elle est le plus fragilisée » que « Nous demandons que cette loi civile soit civilisatrice, c'est-à-dire qu’elle aide à vivre et à mourir, sans jamais écourter la vie, sans jamais décider de donner la mort ».
En fait, la loi n’autorise pas la sédation pour donner la mort, celle-ci surviendra de toute façon à court terme. Ce n’est pas la sédation qui tue le malade mais sa maladie.
La sédation peut-elle écourter la vie ? Pas la sédation elle-même (sauf doses toxiques), mais l'arrêt éventuel en parallèle de tous les traitements de survie, nutrition et hydratation. Cependant, peut-on considérer que la vie n’est pas respectée si le malade meurt quelques heures avant le délai qui lui était imparti mais en évitant une agonie douloureuse les jours précédents ?
Ces religieux ont évidemment le droit de s’exprimer, mais ils parlent en leur nom propre à partir d’une doctrine qui n’intéresse a priori que les seuls croyants. Le Parlement n’a donc pas à les écouter. En effet, si la loi est appliquée, rien n’interdit aux croyants de vouloir souffrir jusqu’au bout et de ne pas demander ou de refuser que les médecins leur délivrent une « sédation profonde et continue » au risque de hâter leur mort.
Ce qui semble gêner ces dignitaires, qui admettent qu’il faut soulager le mourant, c’est que celui-ci n’ait plus conscience de sa mort. Le soulager, certes, mais pas trop pour voir la mort venir.
J’avoue que ces discours, aussi sincères soient-ils, paraissent un peu « tartuffiens » venant de représentants d’idéologies qui se sont révélées, à un moment ou un autre, et pendant des siècles, particulièrement meurtrières, abrégeant la vie des autres à tour de bras au nom de leur dieu, et même lorsqu’il s’agit du même dieu au nom de la façon d’y croire.
Par ailleurs, « La vie à tout prix » est assez contradictoire de la part d’idéologies dont le souci majeur n’est pas la vie ici-bas perturbée par leurs interdits jusqu’à demander de supporter ou de s’infliger des souffrances, mais l’Au-delà. La vie n’étant qu’une mise à l’épreuve afin d’y parvenir dans les meilleures conditions mais pas dans les meilleurs délais.