Il est amplement démontré qu’avoir une activité physique régulière a un effet favorable sur l’organisme, et notamment un effet préventif sur les maladies cardiovasculaires. Les membres de l’Académie de médecine se sont avisés de la nocivité de la sédentarité, et proposent, ni plus, ni moins, que la sécurité sociale prenne en charge la pratique du sport au même titre qu’un traitement. Je suppose que cette proposition a surtout pour objectif d’attirer l’attention du public sur l’importance de l’activité physique, sinon ces académiciens accuseraient sérieusement leur âge vénérable en donnant l’impression d’être restés au temps béni où la sécurité sociale disposait d’un excédent de fonds, et était capable à cette époque de rembourser tout et n’importe quoi. Dans le même ordre d’idée, pourquoi ne pas rembourser à la ménagère une partie du prix des légumes et des fruits qu’elle achète ?
Si l’on aime faire du sport et si l’on y prend plaisir, tant mieux. Mais dans le cas contraire, pourquoi obliger des gens à courir comme des dératés jusqu’à la mort subite sous prétexte que c’est bon pour la santé, et les culpabiliser de ne pas le faire ? Pourquoi si l’on n’arrive pas à être mince, se sentir coupable d’être gros ? Tenter de prévenir les maladies, c’est bien, mais elles nous rattraperont toujours, quoi que nous fassions, et l’une d’elles nous achèvera et pas forcément celle qui avait été prévue, à moins que cela soit un accident quelconque ou le couteau d’un voyou.
La société se doit de protéger l’individu contre les autres individus, mais est-ce bien son rôle de protéger l’individu contre lui-même ? Est-ce bien son rôle de lui proposer, par tous les moyens dont elle dispose, fermement et sans cesse, le modèle auquel il devrait ressembler ? Ce maternage médicalisé devient de plus en plus pesant, la culpabilité d’être ce que l’on est de plus en plus lourde. Alors, mes frères médecins, il est de votre rôle de donner des conseils à vos semblables dans l’intimité de votre cabinet, mais ne culpabilisez personne et laissez-les vivre à leur façon et sans remords le temps qu’il leur est imparti.