VOYAGE
J’ai vu les cicatrices blafardes des autoroutes parcourues de files de fourmis mécaniques, balafres rectilignes sur la face des champs où paissent paisibles les troupeaux en attendant l’abattoir.
J’ai traversé des villages aux noms surprenants, aux belles églises en quête de fidèles mais attirant les curieux, j’ai parcouru les petites rues tortueuses sous le regard des villageois.
J’ai suivi des chemins de terre bordés de buissons grouillant de vie et semblant mener nulle part.
J’ai pénétré avec respect dans des forêts, dans le silence habité du murmure continu des insectes dansant dans les raies de lumière.
J’ai regardé de petites rivières couler des jours heureux au clapotis si paisible quand elles restent dans leur lit.
J’ai vu des châteaux fièrement perchés sur les collines, rêves pétrifiés du passé, leurs tours jadis inexpugnables devenues défenses dérisoires devant l’invasion des visiteurs armés de caméras.
J’ai vu des montagnes tranchées comme des falaises exilées de la mer.
J’ai vu la mer lunatique léchant un jour les rives en ronronnant, et le lendemain se fracassant sur les rochers dans un grondement de colère.
La mer est la fin de tout voyage et l’invitation à découvrir d’autres rivages derrière l’horizon épousant la rondeur de la Terre.



