C’est un hexaèdre miraculeux, ses faces sont rectangulaires, son volume est variable mais toujours limité pour qu’on puisse le tenir dans une main et l’emporter partout avec soi. L’astuce est qu’il est aisé de l’ouvrir et dedans il y a des dizaines et même des centaines de rectangles très fins et souples. Et ce n’est pas tout, sur ces rectangles empilés et reliés par un côté qui se succèdent dans un ordre impeccable et numéroté, il y a des milliers de lignes parallèles faites de petits dessins que les initiés peuvent traduire en histoires à rêver, à sourire, à rire, à frémir, à pleurer, à voyager ou en savoir que quelqu’un laisse pour vous alors qu’il est ailleurs ou déjà mort depuis longtemps.
Mais ces objets miraculeux qui couvrent des murs entiers et que l’on trouve dans chaque foyer, s’ils révèlent parfois des vérités que certains veulent brûler sur les places publiques, s’ils peuvent porter la joie, la tristesse et l’amour, ils peuvent aussi provoquer la haine à travers le temps, ces parallélépipèdes ombrageux sont des millefeuilles dont la date de péremption est dépassée mais que beaucoup consomment avec extase ou en grimaçant et que personne n’ose jeter.