En lisant cet entrefilet paru dans le Marianne du 17/08/23, je tombe comme d’habitude en arrêt sur le terme « réactionnaire » dont la signification paraît évidente pour la plupart des gens, et que je trouve pour ma part ambigu. La signification qu’en donne Wikipédia me paraît finalement meilleure que celle donnée par le Petit Robert : « Une réaction désigne la politique prônant et mettant en œuvre un retour à une situation passée réelle ou fantasmée, en révoquant une série de changements sociaux, moraux, économiques et politiques. Un partisan de la réaction est nommé « réactionnaire ». Le terme s'oppose à « progressiste ». En ajoutant cependant un complément à cette définition : la réaction est une attitude qui peut concerner aussi bien un individu qu'un mouvement et il n’est pas nécessaire de revenir en arrière pour paraître aujourd'hui réactionnaire, on le devient également en ne bougeant pas. Réactionnaire et progressiste forme un couple indissociable, l’un se définissant par rapport à l’autre. Si la réaction se définit par l’opposition au progrès, reste à définir ce qu’est le progrès. « Vaste programme ». Le progrès est censé améliorer une situation, ce n’est pas une fuite en avant. Le réactionnaire peut estimer que le progrès n’en n’est pas un et que le changement rendra la situation pire qu’avant. Il peut avoir tort, mais il peut aussi avoir raison. L’écriture « inclusive » est-elle un progrès ? Va-t-elle améliorer la situation des femmes ? Sûrement pas. Va-t-elle faciliter l’apprentissage de la langue ? De ce point de vue, c’est évidemment une catastrophe. Une langue qui peut difficilement s’écrire et aucunement s’énoncer est vouée à l’autodestruction. Est-ce un progrès ? Préserver un patrimoine, retrouver une façon de faire qui s’était révélée efficace ou retrouver une façon d’être qui permet de vivre ensemble, c’est se tourner vers la préservation du passé et c’est donc une attitude réactionnaire bien qu’elle soit bénéfique. Tout dépend du sujet concerné, on devrait être parfois progressiste et parfois réactionnaire en admettant que la réaction peut aussi permettre d’avancer dans le bon sens comme elle permet de propulser un avion. La nouveauté n’est pas obligatoirement un progrès, et elle peut aussi se révéler nocive dans l’immédiat. Le temps fera son choix mais il n’est jamais certain que ce sera le bon.