Le 14 septembre 2011, Mr Hortefeux téléphone à Mr Gaubert, un pote impliqué dans des transports de fonds illégaux destinés au milieu politique dans les années 90, pour lui dire « Apparemment, elle [l’ex épouse du transporteur] balance beaucoup » [aux enquêteurs]. Ancien ministre de l’intérieur, Mr Hortefeux aurait du savoir que les écoutes téléphoniques d’un prévenu (et même sans l’être) sont une distraction prisée des enquêteurs ou de leurs supérieurs. Les bras musclés des CRS perplexes en sont tombés.
Mais comment et pourquoi les médias ont-ils été en possession de la teneur de cette conversation amicale ?
Le 19 Juillet 2011, la fille cadette de Mr Gaubert parle avec son petit ami au téléphone. Des extraits de cette conversation, dont le sujet est surtout l’argent et non pas l’amour, paraissent dans le Point du 29 septembre 2011.
Comment le magazine s’est-il procuré ces extraits plutôt compromettants pour la famille Gaubert ?
J’avais la naïveté de penser que lorsqu’une enquête était en cours, les éléments du dossier n’étaient révélés qu’au terme de l’enquête. D’ailleurs cette naïveté est partagée par la justice, puisque Mr Hortefeux est accusé d’avoir eu une connaissance indue du dossier de l’instruction. Dans ce cas, on doit admettre que des policiers ont tendance à balancer beaucoup, et pour quel motif ou intérêt le feraient-ils ?
Chaque semaine, le Canard Enchaîné nous fait part de phrases prononcées un peu partout dans les antres du pouvoir et notamment dans un lieu plutôt fermé, celui du Conseil des Ministres. Comment sortent-elles lorsqu’il n’y a pas de témoins extérieurs ? Les phrases étant, semble-t-il, authentiques, ont-elles été enregistrées ? Ont-elles été livrées volontairement au public ? Et par qui ? Ministres ? Collaborateurs ?
Ce sont des questions auxquelles un journaliste pourrait aisément répondre, mais le respect du secret des sources lui interdit de le faire s’il veut qu’elles continuent à couler. Respect défendu âprement par les journaux comme le montre la volonté d’examiner la Courroye de transmission entre le pouvoir et la justice qui semble avoir récemment dérapée.
En somme, on pourrait se réjouir de cette transparence, même un peu chaotique, en regrettant qu’elle survienne trop souvent 15 à 20 ans après les faits et qu’elle soit rarement dénuée d’arrière-pensées politiques.