J’ai vu à la TV de larges extraits du meeting de François Fillon à la Villette.
J’ai éprouvé, comme beaucoup sans doute, un sentiment de malaise.
Non pas en raison de son discours aux accents Gaulliens, mais parce qu’il a été prononcé par un De Gaulle au petit pied sans la probité qui devrait aller avec, ce qui rendait ses envolées peu crédibles. Un unanimisme de façade de ses soutiens politiques à l’image de Juppé assis, comme il se doit, au premier rang et qui, le visage figé, applaudissait avec retard et du bout des doigts.
Bien sûr, Fillon est le candidat largement désigné de la droite, et il n’y en a pas d’autres pour représenter la droite républicaine. Compte tenu du panorama politique actuel, il est nécessaire qu’elle soit représentée. Alors va pour Fillon s’est dit l’assemblée, si la justice ne le rattrape pas d’ici les élections présidentielles (ce qui est peu probable).
Mais tout de même, se présenter comme une victime alors qu’il est accusé avec de fortes présomptions d’enrichissement personnel, c’est vraiment gonflé.
Parlant (le 29 janvier dans le JDD)) de « manipulation grossière », de « manœuvres qui puent la calomnie » imputées à des « officines » (on croirait un discours communiste). Accusant le « système » (chanson connue), critiquant les élites (en parlant de Macron) alors qu’il est dans la politique et qu’il en vit depuis au moins 35 ans, et qu’ayant été Premier ministre pendant 5 ans, il fait évidemment partie des élites et du « système ». Ces accusations sont risibles.
Voilà un candidat à la présidence qui balaye les faits pour ne s’élever que contre leur révélation, arguant que ce que l’on veut abattre en lui est « une haute idée de la France ». On aimerait que l’idée de la France ne soit pas représentée par un chrétien proclamée mais qui s’est révélé finalement cupide.
Ces contorsions font l’étonnement de la presse étrangère :
« Il n'est pas surprenant que François Fillon n'ait pas interrompu sa campagne présidentielle –la fraude est une habitude dans la politique française… La défense en direct à la télévision par François Fillon de la mystérieuse carrière professionnelle de son épouse Penelope a constitué un rappel utile du fait que Paris est le berceau du surréalisme. [...] La vérité est que ce genre de scandale est on ne peut plus normal en France, et une des raisons principales pour lesquelles la classe politique est si inefficace. L'aisance avec laquelle des représentants élus peuvent écarter d'un revers de main des accusations bien étayées selon lesquelles ils remplissent leurs poches avec de l'argent public est véritablement stupéfiante. » (The indépendant).
Ce meeting a, en outre, comporté des scènes frisant le surréalisme, sinon le ridicule : des fleurs offertes à Penelope Fillon visiblement émue, et que son époux a embarqué dans une galère, sans doute malgré elle. Fillon déclarant son amour pour sa femme et sa volonté de la protéger contre des « attaques politiques » alors que c’est lui qui l’a mis dans ce merdier et dans une situation délictueuse par son amour pour l’argent.
Oui, j’étais gêné pour eux. Et triste pour la France.