Lorsque vous êtes las de l'agitation des hommes politiques, des discours farcis de promesses dont on sait qu’elles ne seront pas tenues, lorsque vous êtes las des économistes qui débitent gravement leurs prévisions rétrospectives, lorsque vous êtes las des gouvernants qui massacrent leur peuple, lorsque vous êtes las des peuples farcis de fadaises religieuses et de ceux qui mènent la farce en parlant au nom d’un Dieu qu’ils n’ont jamais vu, alors vous avez envie de vous distraire et vous ouvrez bêtement la télévision à la recherche d’une distraction qui vous empêcherait de penser à tout ce qui vous rend las.
Hélas, vous tombez le plus souvent sur un téléfilm américain qui sort d’une chaîne industrielle dont le modèle standard est…La mort.
Selon la soirée, vous entrez dans un hôpital où un médecin pervers et un peu fou vomira des diagnostics à la pelle à propos de malades moribonds et que ses assistants maltraités seront chargés de vérifier les uns après les autres en faisant subir à leurs patients les pires tourments. Si vous voulez changer de médecins, vous pouvez entrer dans l’un des deux autres hôpitaux vedettes du petit écran où vous pourrez assister entre les urgences, les maladies, les réanimations et les décès, aux ébats du corps médical et du corps infirmier se livrant à des parties de jambes en l’air ou à des querelles d’amoureux[1].
Mais vous pouvez vous échapper en urgence de la réanimation pour aller suivre les fantasmes d’un psychopathe dont le profil psychologique (toujours le même) est impeccablement dessiné par de profonds profileurs qui expliquent pourquoi la ville est parsemée de cadavres de préférence féminins, violés et mutilés.
Le plus distrayant est à venir : des autopsies sanguinolentes vous attendent, avec
extraction d’organes, soigneusement pesés par une jeune femme charmante qui n’hésite pas à renifler au plus près la dépouille découpée, les viscères à l’air, sans se préoccuper de l’odeur de la
chair censée être en décomposition. Et vous vous demanderez si tout ceci est bien raisonnable.
Après la mort comme clef de l'Au-Delà et pour lequel les prêtres vous vendent un billet avec la promesse de jouir éternellement d'une villégiature paradisiaque, tous frais payés, dans un monde parallèle, à condition de suivre leurs préceptes, le morbide sous toutes ses formes devient objet de distraction à savourer benoîtement en famille en même temps que quelques friandises que l'on espère dépourvues de cyanure.
Elle est pas belle le vie ?
1 Bien qu’ayant passé une grande partie de ma vie dans les hôpitaux, j'avoue (à regret ?) que ces démêlés libidineux et/ou sentimentaux que l’on montre
à foison sur le petit écran m’ont grandement échappé.