Petits riens
Ce matin dans le métro, j’ai assisté à un spectacle assez fréquent : une femme se maquillant dans la rame. Sans doute n’avait-elle pas eu le temps de le faire avant d’aller au travail. J’ai toujours admiré cette prouesse : passer délicatement la brosse du mascara sur les cils nonobstant les cahots, les arrêts brusques et les départs du métro alors que les gens se tiennent aux barres pour ne pas basculer. J’ai toujours la crainte que la brosse ne dérape dans l’œil, mais l’habileté des femmes est telle pour cet exercice que je n’ai jamais assisté à cet accident.
Près de la femme au mascara se tenait une jolie noire qui oscillait rythmiquement de la tête. D’après le rythme céphalique, ce qui se déversait de façon continue dans ses oreilles devait être du rap, mais je n’étais pas assez près d’elle pour entendre le grésillement révélateur. Malgré toutes les années, je reste étonné par ce besoin d’entendre en permanence du bruit dans les conduits auditifs même lorsque l’on peut jouir du silence. Toujours en oscillant de la tête en l’absence de toute pathologie, la jeune femme s’est assise et a sorti un livre de son sac, retrouvé la page et s’est plongé dans la lecture. Bien sûr, ma curiosité m’a poussé à regarder le titre de l’ouvrage. Il s’agissait des écrits de l’empereur romain Marc-Aurèle.
Métro, 1976. Huile sur toile. © Philippe Waty, courtesy éd. Gourcuff e& Gradenigo
