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Moi, président...

Moi, président...La popularité de François Hollande est basse, si basse qu’elle ne peut que remonter, mais ce n’est pas en allant sur le « terrain », dénomination assez méprisante pour qualifier le peuple (quasiment des bouseux) dont on lui présente un échantillon trié sur le volet et en écartant rapidement un éventuel spécimen parasite se permettant une remarque acerbe (mais ceci est le propre de la plupart des tournées officielles).

Il faut se rendre à l’évidence : le chef de l’Etat, quels que soient les diplômes obtenus et l’intelligence qu’on lui prête, n’a aucun charisme avec son aspect pépère et ses paupières supérieures comme les deux branches séparées d’un accent circonflexe. Qu’allait faire cet homme se disant normal dans cette galère au bord du naufrage ?

Les hommes ou les femmes politiques qui veulent accéder au pouvoir car ils se sentent investis d’une mission sont rares, mais cela dénote de leur part un orgueil mégalomaniaque, une volonté d’expansion du moi puisqu’ils s’estiment indispensables à la communauté. Les autres prétendent toujours œuvrer pour l’intérêt général mais ils n’œuvrent que pour eux-mêmes, pour leur moi, aussi petit soit-il, et plus pour posséder le pouvoir que pour l’argent (mais qui vient avec) car le pouvoir donne une dimension inespérée à leur moi.

Car que signifiait d’autre que ce « Moi, président… » répété par Hollande jusqu’au ridicule lors de son débat télévisé avec Sarkozy, sinon une volonté de puissance d’autant plus exacerbée que la nature ne lui avait pas donné le physique de l’emploi.

On rêve parfois d’un Cincinnatus qui, appelé à quitter ses champs pour sauver la république romaine à trois reprises, refusa à chaque fois le pouvoir qu’on lui offrait une fois sa mission accomplie pour retourner modestement à sa charrue.

Mais le temps des hommes providentiels en démocratie semble bien révolu. La marge de manœuvre des politiciens aujourd’hui n’est plus celle que pouvait avoir un laboureur dans l’Antiquité confronté aux troubles d’une bourgade. Ce que l’on demande maintenant à un homme d’Etat est plus de ne pas faire de bêtises que de sauver la république prise dans les mailles inextricables d’une toile d’araignée gigantesque. Plus la mouche s’agite, plus elle s’emprisonne. D’ailleurs, il suffit de regarder les sondages pour s’apercevoir que figurent dans le groupe de tête les personnalités dont l’action est invisible.

 

Juan Antonio Ribera y Fernandez : « Cincinnatus quittant sa charrue »

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