METAL Grilles des palais princiers Garnies de piques d’or acérées Protections métalliques illusoires Contre les fièvres de l’Histoire Meutes ivres de vengeance Tête embrochée sur une lance Grimace figée au-dessus de la foule Chair sanglante flottant sur la houle Tête sur têtes exposée sans étal Chair brandie sur métal Heaume guerrier emboîtant la tête Menottes de celui qu’on arrête Etau broyant la chair du torturé Esclaves d’Afrique enchaînés Fers cliquetants des galères Métal contre chair Aiguilles piquées dans la toile cutanée Chair marquée comme objet exposé Corps à la mode perforés de métal Anneau dans l’oreille, anneau nasal Pointes au visage, langue et ombilic Serties de pierres du dernier chic Trous dans la peau pour plaire Métal pour rire planté dans chair Piques, lances, épées à embrocher Couperet et hache à décapiter Flèche et couteau plantés dans le cœur Mine dans les membres du marcheur Eclat d’obus dans le ventre éclaté Vague de balles trouant le fusillé Outils de mort, art de la guerre Métal pour pleurs planté dans chair
Paul Obraska
Raphaël "La libération de St Pierre"
(Fresque "Stanza di Eliodoro")
GRILLES Les prisonniers vont de grille en grille Le ciel emmuré est strié de barreaux On les surveille par des écoutilles Leur vie navigue dans un caveau Les hommes libres derrière les barreaux Espèrent en luttant arriver à leurs fins Même s’ils savent que le bourreau Est peut-être au bout du chemin Le monde des hommes est hérissé de grilles On voit à travers mais on ne pénètre pas Un monde que les barreaux quadrillent Des barreaux que personne ne voit Les mendiants voient les gens qui ne mendient pas Ceux qui les regardent et ne mendient pas encore Observent à travers la grille qu’ils ne voient pas Ceux qui accumulent leurs barreaux d’or Ceux grillés de leur peau écrasent leur nez Sur les grilles pointillées des frontières Voient ce qu’il y a de l’autre côté Et meurent pour aller derrière
Paul Obraska
MURS Murs bien droits, fierté du maçon Caressant les pierres avec amour En rêvant des murs de sa maison Qu’il espère bâtir un jour Murs décrépis des cités Ornés de déjections de peinture Les désœuvrés à leur pied Devenus aussi durs que les murs Murs tristes des prisons Grimpant haut dans le ciel Margelles d’un puits sans fond Où stagne le temps pénitentiel Murs craintifs des citadelles Aux ouvertures meurtrières Où le capitaine à ses jumelles Redoute un ennemi qu’il espère Murs illusoires des frontières Entraves à l’espoir du désespéré Même s’il se retrouve au cimetière Le rêve est de passer de l’autre côté Murs humiliants des ghettos Dressés par l’injustice de l’Histoire Que franchissent les bourreaux En quête de sang pour exutoire Mur sans issue du condamné Acculé debout dans l’impasse Dos au mur, les yeux bandés Et la mort annoncée en face Murs obscurs des idéologies Aussi rigides que la pierre Qu’aucune raison ne franchit Armés de vérités premières
Paul Obraska