Lorsque j’étais étudiant, je faisais parfois le trajet en métro avec un autre étudiant en médecine. Pendant que je lisais le journal ou un polycopié traitant d’un sujet médical, lui, lisait une partition de musique. Bien que n’étant pas musicien à proprement parler, il avait le privilège d’entendre la musique inscrite sur la partition. Pour moi, comme pour la plupart des gens, la musique n’existe que quand elle est jouée. Une sculpture, une peinture, une architecture existent indépendamment du créateur et du spectateur. La musique enfermée comme un trésor dans une partition ou un disque ne naîtra que lorsqu’elle est jouée par des musiciens, que ce jeu soit enregistré ou créé devant vous. Les musiciens, quelles que puissent être leurs différences, se réunissent pour fabriquer ensemble une œuvre éphémère qui nait et meurt sous les doigts et le souffle des exécutants et qui ne vivra que le temps de sa création qu’elle soit instantanée ou conservée. Le livre est un peu comme la partition musicale. Il a une existence indépendante de son créateur, mais l’oeuvre n’existe que si elle est lue ou dite et seulement pendant le temps de la lecture ou de la récitation, comme la musique n’existe que pendant le temps où elle est jouée. La musique peut cependant laisser une rémanence mélodique parfois entêtante dans le souvenir. Illustration : extrait de la partition de la 9ème de Beethoven.