RETOUR DE CROISADE
Voilà les marches du château de mes aïeux
La grosse tour ronde à chapeau pointu
La chaleur du foyer et le calme ennuyeux
Le soldat de Dieu est de retour, fourbu
On me croyait sans doute mort
Parti depuis tant d’années loin des miens
De contrées en contrées, de ports en ports
Poussé par la Foi et l’appât du gain
Les villes terrorisées par nos fières armées
Que d’aventures, de triomphes et de peurs !
Des juifs au passage passés au fil de l’épée
Avant de délivrer le tombeau d’un des leurs
Les splendeurs de Byzance entre nos mains
Croisés, nous étions les soldats de Dieu
Mais le Diable a parfois croisé notre chemin
Que le Ciel nous pardonne, nous étions pieux
Nous avons chevauché les déserts et les monts
Dans nos armures éclatantes sous le soleil
Miroirs au galop chargeant tels des démons
Les bédouins éblouis n’avaient rien vu de pareil
Nous avons été sans merci pour les infidèles
Des Turcs rôtis à la broche en toute charité
Le Ciel, j’en suis sûr, approuvera notre zèle
Pour des soldats de Dieu, il n’y a pas de pitié
La Terre Sainte arrachée à nos ennemis
Les lieux saints désormais préservés
Des Sarrasins qui les avaient conquis
Et des Juifs, maudits pour les avoir créés
Nous l’avons prouvé par nos exploits
Nous étions les soldats du Dieu vivant
Par le torrent de sang versé pour notre Foi
Notre Foi n’est-elle pas née dans le sang ?
Voilà les marches du château de mes aïeux
Je ne ramène qu’une épée ébréchée
Des récits sans fin pour le coin du feu
Et quelques blessures mal fermées
Paul Obraska