Andréa Mantegna "Christ mort"
ELLES SONT LA
Devant le corps mort
Il y a des femmes qui prient
Des femmes qui contemplent le mort
En y cherchant encore une trace de vie
Surtout les femmes vieillies
Celles qui sont plus près de la mort
Qu’elles apprivoisent par des soupirs
Comme elles ont apprivoisé la vie
Cette vie qu’elles ont couvée dans leur corps
Ce corps qu’elles ont mis des mois à nourrir
Et qui va maintenant se putréfier
Sans pouvoir le retenir
Les femmes tiennent les deux bouts de la vie
Elles sont là aux deux extrémités
Elles sont là quand on nait au premier cri
Elles sont là quand on meurt pour l’éternité
Elles donnent la vie
Elles soignent le mort
Elles veillent le corps
Les hommes sont partis
Paul Obraska
LE DERNIER TOUR
Non, Milord, ce n’est pas correct
On vous a vu blessé
On vous a vu saigner
On vous a vu souffrir
On vous a vu agoniser
On vous a vu mourir
Et voilà que vous surgissez du tombeau
Dans la lumière, intact, vivant
Comme si rien ne s’était passé
A un détail près pourtant :
Vous avez des ailes dans le dos
Non, Milord, ce n’est pas correct
Nous étions tous effondrés
Votre mère éplorée
A caressé votre tête sur ses genoux
La pauvre faisait pitié
Essuyant le sang suintant des trous
Non, Milord, on ne joue pas à périr
On ne tourne pas la mort en dérision
Car nous, Milord, nous allons mourir
Vraiment
Définitivement
Paul Obraska