Je suis vieux et je me sens de plus en plus coupable d’avoir réussi à le devenir. Je suis coupable mais pas responsable. Aussi voudrais-je plaider ma cause auprès des journalistes et des experts qui défilent sur les plateaux pour dire que les vieux ont bénéficié des trente glorieuses, que leurs retraites sont exorbitantes alors que les jeunes ne trouvent même pas de boulot, et quand ils en trouvent un, c’est pour payer la retraite exorbitante des vieux. Que c’est en raison de la fragilité des vieux que l’on a enfermé les jeunes pour bloquer l’épidémie de covid-19, et que les jeunes ont ainsi cessé de travailler pour protéger les vieux qui sont parfaitement inutiles (en dehors d’aider les jeunes) alors qu’ils vont malgré tout continuer à toucher leur exorbitante retraite payée par les jeunes, à condition, toutefois, que ceux-ci ne soient pas licenciés à la suite des faillites provoquées par le confinement des jeunes pour protéger les vieux.
Comme manifestement, je n’ai pas réussi à plaider ma cause, il ne me reste qu’à me suicider pour faire plaisir aux journalistes et aux experts. Mais je les avertis charitablement : on devient très vite vieux et la chaleur qui se profile n'est guère indiquée pour les conserver. Et là encore je me sens coupable car le réchauffement climatique, c’est moi.
Van Gogh : "Au seuil de l'éternité"