La France ne va pas très bien et le reste de l’Europe ne va guère mieux. Le rêve américain a, pour beaucoup, des allures de cauchemar et le sud du continent fournit aux américains de quoi rêver. La Russie est atteinte d’un poutinerie qui l’étouffe un peu. Le Japon n’arrive pas à se débarrasser de ses atomes crochus. La Chine a contracté un capitalisme aigu. L’Afrique développe surtout son émigration. Et les conflits religieux à nos portes, plutôt ouvertes, ne nous rajeunissent pas.
Alors que diriez-vous d’une « bonne » guerre ? Non, pas de guerres locales, elles n’ont jamais cessé. Une guerre mondiale, classique, sans l’arsenal nucléaire, car avec, ce ne serait pas de jeu.

Les guerres érodent la masse humaine moins vite mais plus largement que les catastrophes naturelles. Et elles ont d’autres vertus. Dans la tourmente on se regarde moins le nombril, il y a moins de dépressions, il y a moins d’obèses – surtout dans les camps de concentration – Un vent de liberté souffle sur les mœurs : les soldats vont aux putes sans remords et les femmes se laissent convaincre pour une dernière étreinte.
Toutes les compétences sont utilisées : les voyous deviennent des héros, les meurtriers sont décorés pour leurs meurtres, les sadiques sont promus pour leurs tortures, les voleurs pillent joyeusement, les violeurs violent en paix, même les bons pères de famille, et leurs chefs indulgents détournent le regard quand ils n’y prêtent pas la main.
Et que dire des progrès réalisés pendant les guerres : des bactéries inconnues colonisent les laboratoires, les chimistes remplissent leurs cornues de molécules nouvelles, les ingénieurs construisent des machines qui tuent mieux et plus loin, les savants font péter des pétards et retrouvent ainsi leurs joies d’enfant. Certains pourraient même vendre des avions dont personne ne veut.
Quand une masse humaine est plus entamée que la masse ennemie, vient la paix où on continue encore un peu d’élaguer par vengeance ou pour ne pas perdre la main, en suivant le doigt anonyme des délateurs.
Les périodes qui suivent les guerres sont des périodes fastes, on les appelle « Glorieuses », même pour les vaincus. Certes on pleure un peu, mais on rit beaucoup d’être resté vivant, on recommence à ne penser qu’à soi, et on reconstruit vaillamment. L’économie ne connait pas de crises, il n’y a pas de chômeurs, on manque même de bras, ceux laissés sur les champs de bataille. En fait, pendant la guerre il ne se passe pas grand chose dans les champs, tout se passe dans les villes, là où il y a le plus de civils, bien plus faciles à tuer que des soldats armés.
Mais il faut savoir que les périodes fastes n’ont qu’un temps. Les choses reviennent comme avant, et les crises remplacent les guerres.