Chaque matin, au petit déjeuner, on me donne la position des petits chevaux. Les dés des sondages sont lancés chaque jour, et sur le plateau du jeu on peut juger de l’état de chaque écurie : la rouge disloquée vire au vert, ses occupants déboussolés tournent en rond ou s'égarent, la bleue, où les bêtes se regardent en chiens de faïence, la brune où les coursiers se grimpent dessus, et celle de couleur indéfinissable dont le petit cheval se baguenaude sur toutes les cases, du terrain de football à hôpital, en attendant le petit cheval qui se détachera des autres petits chevaux qui le suivent. Chaque matin, on me livre le diagramme des avancées ou des reculs des petits chevaux. Chaque jour, et toute la journée, les commentateurs ne cessent de commenter de leurs commentaires définitifs la lutte des petits chevaux pour la seconde place. Plusieurs fois par jour, ils ergotent sans fin sur des non évènements. Car quelles conclusions sur la réalité peut-on tirer d’un lancement quotidien des dés ? Le hasard est commenté, mais pas la nécessité.