Il y a très longtemps, j’ai vu Calcutta. Nous ne comptions pas y aller mais les aléas d’un voyage nous ont conduits à le faire. Nous y sommes restés peu de temps, mais cela m’a suffit. C’est probablement la ville qui m’a le plus marqué. Nous sommes arrivés la nuit et j’ai cru débarquer en enfer. Des hommes squelettiques, à moitié nus, jonchaient les trottoirs, groupés autour de feux, le regard hostile à notre passage. Nous venions d’un autre monde, bien habillés, propres et bien nourris. Nous nous sentions coupables.
L’hôtel avait du être splendide sous l’occupation anglaise et la chambre était immense, des dimensions d’un terrain de basket, mais vide en dehors du lit et de quelques lézards circulant sur les murs. La chambre était obscure, les draps étaient gris et l’eau était rouille. Le personnel se déplaçait avec des flambeaux dans la pénombre des couloirs. Nous n’avons pas été voir la foule s’infecter dans les eaux sacrées du Gange.

C’était il y a très longtemps. Les choses ont du nettement changer. Pourtant, d’après « The Telegraph » (cité par « Courrier International »), les maux sont toujours là : "un système de santé chaotique, l’incapacité à mettre en place des normes de contrôle en matière de pollution, de l’arsenic dans l’eau, des égouts et une gestion des déchets archaïque, de mauvaises routes, des bus meurtriers en guise de transport public, un aéroport ultralugubre et des peintures inestimables qui pourrissent dans les musées publics, pour n’en citer que quelques-uns".
Les autorités de Calcutta ont trouvé une solution originale pour masquer tous ces maux : repeindre la ville en bleu ciel, édifices officiels, rambardes, viaducs, taxis jaunes et l’éclairage lui-même doit virer au bleu. Les propriétaires des immeubles privés sont également invités, à leurs frais, à bleuir leurs immeubles. Pourquoi avoir choisi le bleu ciel ? C’est que la devise du nouveau gouvernement de la ville est : « Le ciel est notre limite. »