Un rapport sur le bonheur dans le monde vient d’être publié (World Happiness Report). Déjà estimer le bonheur qui règne dans un pays n’a guère de sens dans la mesure où le bonheur est une notion relative, ressenti de façon individuel et souvent de façon rétrospective. Il est à remarquer que l’on dit habituellement « j’ai été heureux » plutôt que « je suis heureux » (peut-être par superstition).
Le classement des pays pour le bonheur de ses habitants est basé dans ce rapport sur un panel de critères dont le PIB par habitant, les soutiens sociaux, l'espérance de vie, la liberté sociale, la générosité et l'absence de corruption. Ce sont des critères qui jugent plus de l’environnement social que du bonheur de l’individu même si l’un influence évidemment l’autre.
C’est le Danemark qui remporte la palme devant la Suisse, l'Islande, la Norvège, la Finlande, le Canada, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et la Suède.
Ce sont donc les Danois qui seraient les plus heureux bien que le taux de suicide dans leur pays soit nettement plus élevé (9,9 pour 100000 habitants, mais 15,8 pour les hommes) que celui de pays parmi les plus malheureux comme l’Afghanistan (5,7) classé au 154e rang pour le bonheur (le dernier, le Burundi est au 157e rang, juste derrière la Syrie).
D’une façon générale, le taux de suicides est légèrement plus élevé dans les pays riches (12,7) que dans les pays à revenu faible et intermédiaire (11,2). En Europe, le taux (12,3 pour 100 000) est plus élevé que la moyenne mondiale (ce qui pourrait faire douter des critères choisis pour évaluer le « bonheur »). Notons que l’on ne se suicide pratiquement pas en Arabie Saoudite (0,4 pour 100000 habitants), ce qui montre à quel point les Saoudiens sont heureux, mais il est difficile de demander leur avis aux décapités dont la conduite a sans doute été suicidaire. Il faudrait cependant tenir compte pour le taux de suicides de la culture et surtout de la validité des registres de l’état civil, c’est sans doute pour cette raison que ce taux ne semble pas faire partie des critères du classement (à ma connaissance), alors que l’on pourrait le considérer comme un critère du bonheur individuel.
La France est un peu à la traîne au 32e rang (taux de suicides : 12,3) parmi les pays de même niveau derrière les États-Unis (13e), l'Allemagne (16e), la Belgique (18e), le Royaume-Uni (23e). Cependant la France peut se consoler car elle est devant, mais pas loin, de l'Arabie Saoudite (34e). Si l’on juge sur le PIB, on ne juge pas de la répartition du bonheur, les princes saoudiens, le cul assis sur le pétrole, doivent probablement être heureux, mais qu'en est-il des esclaves, de la main-d’œuvre étrangère, des opposants et des femmes infantilisées se promenant déguisées en fantômes noirs, trouvant sans doute une consolation à déambuler dans des magasins luxueux. A noter que la liberté sociale fait partie des critères de jugement du classement !
Et l’Arabie saoudite, théocratie du Moyen Âge, où la plupart des distractions sont interdites et sévèrement réprimées, est nettement devant l'Espagne (taux de suicides : 6,2) au 37e rang et surtout l'Italie (taux de suicides 5,4) qui arrive péniblement à la 50e place !
Vous avez déjà été en Italie ? Moi, j’y retourne dès que je peux.