Après le succès des séries américaines centrées sur l’examen de cadavres dans un triste état, après l’exposition « artistique » de pièces anatomiques, les Parisiens ont la chance de pouvoir visiter depuis le 12 février à l’espace 12 de la Madeleine l’exposition « Our body » qui exhibe enfin des cadavres humains entiers, démonstration ayant rencontré ailleurs un vif succès. Leur conservation a été réalisée par la méthode du professeur d’anatomie allemand Gunther Von Hagens (imprégnation polymérique ou plastination) qui consiste à substituer à l’eau et aux graisses des tissus, de la silicone, de la résine ou du polyester, travail qui exige 2000 à 3000 heures par corps.
Mais d’où viennent les cadavres ? On sait maintenant qu’ils sont chinois et soumis aux soins d’une société basée à Hong Kong. Le bon professeur a lui-même indiqué, il y a quelques années, que certains des corps exposés en Allemagne avaient une balle dans la tête. Notons en passant que la société du bon professeur est présente à Dalian, ville chinoise célèbre pour ses camps de travaux forcés. Qu’allez-vous penser là ? Les Chinois dont on expose les corps ont bien sûr consenti à ce que leur cadavre soit ainsi exploité à des fins commerciales. Un peu de dignité tout de même !
Le succès des séries américaines et des expositions anatomiques révèle chez beaucoup une fascination morbide. Ne faut-il pas écarter la foule qui se presse sur la voie publique pour voir un mort ? Cette fascination n’est pas récente : la visite du cimetière souterrain de Palerme fait partie du circuit touristique, on peut y voir de chaque côté des allées des cadavres debout ou assis, habillés de leur plus beau costume et contempler de leurs yeux vides la marche silencieuse des touristes en short.
Cette fascination, ou pour être moins radical, cette curiosité, si elle n’est pas récente, atteint de nos jours un niveau inconnu dans le passé : l’exploitation commerciale, retirant toute dignité aux morts et tout le respect qu’on leur doit.